On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Le sentiment de la ville
En 1950, le monde comptait 86 villes de plus d’un million d’habitants ; aujourd’hui, on en dénombre 400 et, en 2015, il y en aura au moins 550. Les villes ont en réalité absorbé près de deux tiers de l’explosion de la population mondiale depuis 1950 et croissent actuellement au rythme d’un million de naissances ou d’arrivées de migrants chaque semaine. 95% de cette hausse vers l’apogée de la population humaine aura lieu dans les zones urbaines des pays en voie de développement, dont la population doublera pour atteindre 4 milliards au cours de la prochaine génération. De fait, l’ensemble de la population urbaine de Chine, de l’Inde et du Brésil égale à peu près à celle de l’Europe et de l’Amérique du Nord. Le phénomène le plus célèbre dans ce tourbillon de chiffres est la multiplication des mégalopoles d’une dizaine de millions d’habitants et d’hypervilles de plus de 20 millions d’habitants. La compréhension de l’urbanisme actuel ne peut plus se réduire à une opposition formelle entre un modèle américain d’habitat, qui comprend un centre pauvre et une périphérie tentaculaire qui abrite des classes moyennes et supérieures, et un modèle européen avec un centre embourgeoisé et des grands ensembles périphériques pauvres. Notons, cependant, que la périphérie pavillonnaire qui loge les classes moyennes s’étend gigantesquement. Le mélange rural/urbain et un urbanisme diffus deviennent le paysage typique du 21ème siècle. Les centralités sont multiples, organisées en réseaux lâches. Ce sont des systèmes urbains polycentriques dénués de frontières claires entre le rural et l’urbain. Cette croissance urbaine est majoritairement épongée par la croissance bidonvillaire qui constitue dans les 6% de la population des pays développés et dans les 80% de celle des pays en voie de développement. Dans ce panorama apparemment sombre où, pour beaucoup de chercheurs ou de décideurs des organisations internationales, il s’agit de lutter contre la pauvreté, une enquête d'opinion a été lancée pour apprécier ce qu'il en était réellement du sentiment de vivre en ville.
L'Observatoire des modes de vie urbains qui a été mis en place par Veolia environnement a lancé une enquête menée par l'institut IPSOS fin 2007 auprès de 9000 habitants de 14 grandes villes (Londres, Lyon, Paris, Berlin, Prague, Alexandrie, Shangaï, Pekin, Tokyo, Sydney, Chicago, Los Angeles, New York et Mexico) qui fournit l'occasion de cet ouvrage. Il existe de nombreux classements hiérarchiques des villes. Mais l'objet de ce travail même s'il autorise un tel classement n'est pas d'en fournir de nouveaux fondements. Son projet est de mettre en évidence les opinions, les aspirations, les satisfactions, les inquiétudes des urbains : ce n'est pas tant la ville qui importe que le mode de vie urbain et son appréciation. La ville n'est pas juste une configuration spatiale mais un état d'esprit. L'essentiel de ces articles concerne donc le sentiment des citadins. Quelle appréciation donne t-il de leur vie en ville ? Partout et dans toutes les strates de la population on note une satisfaction globale à l'égard de la ville : la ville est toujours l'endroit où s'affranchir des dépendances communautaires et une ville idéale compilerait, selon les enquêtés, la propreté de Los Angeles, le cadre de vie de Sydney et de Chicago, la taille humaine de Lyon, le caractère festif d'Alexandrie, les facilités de rencontre permises à Berlin, les transports en commun de Tokyo, la diversité des populations New-Yorkaises, le dynamisme économique de Shangai et de Pékin, l'offre culturelle de Paris et l'architecture de Prague. En somme les externalités de la ville sont positives et viennent compenser pollution, crimes, embouteillage, surpeuplement, visibilité de la misère, érosion des solidarités vicinales et ségrégations. Cependant, notons quand même que les appréciations oscillent entre la ville radieuse offrant de nombreuses opportunités et la ville monstrueuse refuge d'une pauvreté contemporaine incontrôlable et conduisant à l'expansion tentaculaire des espaces de l'urbain.
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Henri d'Hautefeuille
marcdumont
Hubert Blanc