On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Dans Politique et religion aux Etats-Unis, Camille Froidevaux-Metterie montre que, de manière intuitive, la démocratie américaine serait un cas unique où la religion aurait intégré la sphère publique. Cette intuition repose sur le fait que les premiers colons puritains auraient directement influencé les pères fondateurs.
Mais, pour l’auteur, cette vision des choses est erronée. La thèse centrale de ce livre part du postulat que la république américaine, par essence laïque, repose sur deux principes fondamentaux : la neutralité de l’Etat en matière spirituelle et la liberté religieuse. Toutefois, tout au long de l’histoire de ce pays le courant protestant conservateur a essayé de revenir sur l’acquis de la laïcité. Ainsi, aux Etats Unis, il a existé tout au long de l’histoire deux tendances contradictoires qui essaient de prendre le dessus l’une sur l’autre. Il s’agit de l’esprit de laïcité, qui définit une position où l’Etat doit rester neutre et l’esprit de religion, qui veut placer l’ordre civil sous la tutelle chrétienne.
L’ouvrage est divisé en 5 parties. Dans un premier temps, l’auteur montre que l’Amérique des XVIIe et XVIIIe siècles a longtemps navigué entre projet théocratique prôné par les premiers colons et volonté pour les pères fondateurs, mue par une vision déiste de la société et par l’esprit des Lumières, de construire un Etat laïque.
Les premiers colons, arrivant pour la plupart d’Angleterre après avoir fui les persécutions, nourrissaient tous l’espoir de faire de l’Amérique le lieu du règne de Dieu pour l‘humanité. Au début du XVIIe siècle de nombreux Etats (Massachusetts, Nouvelle Angleterre…) prônaient l’intolérance religieuse et discriminaient les croyants d’autres confessions. Jusqu’à la Déclaration d’Indépendance de 1776 l’idéal théocratique a prévalu dans les colonies. Vers 1740, trois systèmes dominent : le modèle puritain des colonies du Nord, une conception anglicane de la religion avec la légitimation de l’esclavagisme pour les Etats du Sud et la diversité protestante (plutôt tolérante) des Etats du Centre.
L’énorme succès du "mouvement du grand réveil", qui a construit sa popularité autour de prêches itinérantes, prônant une conception individualiste de la foi et permettant à chacun par sa vertu d’accéder au salut (à la différence de la prédestination calviniste), va alors redessiner la carte religieuse de l’Amérique. Ainsi, la perspective de création d’un Etat théocratique va alors diminuer. En outre, la large diffusion du Traité sur le gouvernement civil de John Locke, à partir de 1690, va faire émerger l’idée d’un contrat séculier et les Américains vont commencer à envisager la chose politique sans forcément se référer à un contrat avec Dieu.
Enfin, beaucoup de choses vont changer lorsque la guerre va éclater entre les Etats-Unis et l’Angleterre en 1775. En effet, le combat pour la liberté politique va alors recouvrir le combat pour la liberté de culte. A la différence du projet puritain qui ambitionnait d’englober toute la société dans le monde chrétien, les évangéliques et les républicains vont se retrouver sur des principes proches tels que liberté et vertu et vont accepter la séparation entre domaine temporel et spirituel. A la fin du XVIIIe siècle, la liberté religieuse devient un droit inaliénable et naturel. Sous l’impulsion de Madison, les principes du libre exercice religieux et de la séparation de l’Eglise et de l’Etat vont être établis.
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Philippe Lestang