On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Cet ouvrage collectif dirigé par Jean-Claude Yon réunit vingt-neuf articles issus d’un colloque qui a eu lieu en mai 2002 sur le théâtre français à l’étranger au XIXe siècle. "Théâtre" est ici entendu au sens large et recouvre "l’ensemble de la production dramatique et lyrique, quel que soit le genre considéré – de l’opérette à la tragédie, du ballet au mélodrame" , c’est-à-dire qu’on traite dans ce livre du théâtre comme répertoire, des voyages ou du rayonnement des comédiens, chanteurs, danseurs, mais aussi de l’influence de pratiques architecturales. Sous l’étiquette "à l’étranger" on trouve aussi bien "les œuvres qui voyagent en langue originale et celles qui sont traduites" , et dans la catégorie des œuvres représentées en français, les tournées à l’étranger mais aussi "les établissements situés à l’étranger qui abritent une troupe sédentaire française". C’est dire que le volume contient des contributions qui portent sur des objets très différents, qui auraient sans doute gagné à être assortis d’une synthèse pour qu’on en comprenne mieux la portée générale.
Même au sein des différents chapitres qui opèrent des regroupements thématiques, on a parfois du mal à saisir l’unité. Après trois chapitres consacrés chacun à une aire géographique particulière, respectivement l’espace francophone , c’est-à-dire les spectacles français joués dans des pays francophones (Belgique, Suisse, Québec), mais aussi les pièces représentées en français dans des pays où le français n’est pas langue nationale, l’Italie et le monde anglo-saxon , l’ouvrage propose un panorama d’exemples dans d’autres pays , puis s’attache à l’étude de la réception et pour finir à l’exportation de pratiques théâtrales . Le chapitre dont le titre annonce des travaux sur la réception, en particulier, contient en réalité des articles où l’on parle effectivement de l’accueil du public, mais ni plus ni moins que dans les articles des chapitres précédents. On a, en somme, affaire à un vaste catalogue d’exemples souvent assez érudits (ce qui n’empêche pas qu’ils soient pour la plupart fort intéressants), face auxquels un lecteur non spécialiste se trouve dans l’obligation de tirer lui-même des conclusions générales.
Si ces conclusions en tant que telles sont un peu difficiles à tirer, on peut néanmoins facilement suivre les pistes de réflexion dont partent presque toutes les études proposées dans le volume. La première porte sur l’idée qu’on se fait de la France à l’étranger : la diffusion du théâtre français à l’étranger permet d’évaluer le rayonnement culturel de la France mais aussi, plus généralement, de définir quelle est l’image du pays à l’étranger. La seconde permet de restituer à la pratique théâtrale de l’époque sa matérialité : que signifie exporter un spectacle ? Il n’est en effet pas seulement question de transfert culturel, de diffusion d’idées, mais aussi, voire surtout, du déplacement très matériel des comédiens, chanteurs ou danseurs, opération commerciale au même titre que l’exportation d’un produit non culturel.
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La suprématie de la France dans les milieux culturels mondiaux au XIXe siècle est donnée, dans le livre, comme un état de fait : quelques articles font allusion à des rivalités notamment avec des troupes italiennes, mais aucun n’a pour objet spécifique de faire une étude comparative de la place du théâtre français par rapport à celui d’autres nations. Cependant, l’ensemble de l’ouvrage permet de déterminer les grandes lignes de l’image dont jouit la France à l’étranger.
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