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critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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La science a besoin d'hérétiques
[samedi 25 avril 2009 - 16:00]
Sciences
Couverture ouvrage
La vie dans l'univers : Réflexions d'un physicien
Freeman Dyson
Éditeur : Gallimard
256 pages / 20 € sur
Résumé : Sept essais d'un très grand physicien sur la vie d'ans l'univers, allant de la recherche de la vie ailleurs à des réflexions sur les nouvelles technologies ou la théologie.  
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Ce sont sept essais très différents les uns des autres que nous propose Freeman Dyson, un des très grands physiciens du vingtième siècle, entre autres connu pour ses contributions fondamentales à la théorie quantique des champs. Ces essais sont issus de six conférences, données dans des universités américaines, et s’adressent à un public de non-spécialistes.

D’une certaine manière, Dyson est, lui assi, un "non-spécialiste" de la matière : il va aborder la biologie, la politique, la théologie, et la philosophie ; la physique aussi, dans ses liens avec la vie, et c’est tant mieux, car c’est dans ce domaine que Dyson est le plus palpitant et, disons-le, le plus convaincant. On appréciera son enthousiasme et sa méthode habituelle : ne pas accepter ce qui est communément accepté et tenter d’être subversif. L’avenir des biotechnologies — Le premier chapitre explique, avec beaucoup d’optimisme, ce que seront peut-être les biotechnologies demain. En faisant le parallèle avec les ordinateurs (à leur création, nul n’imaginait qu’ils seraient terriblement nombreux et que les enfants les utiliseraient dès le plus jeune âge), Dyson explique que les biotechnologies seront finalement complètement acceptées du public, que les enfants joueront à séquencer et recombiner les génômes pour créer des êtres nouveaux, que ceux-ci pourront nous aider à mettre en place les technologies dont nous aurons besoin demain, à commencer par les nanotechnologies. C’est un chapitre réellement intéressant, faisant suite aux idées que Dyson a développé depuis plusieurs dizaines d’année, et exposées notamment dans Le Soleil, le Génome et Internet.

Dans le second chapitre, Dyson résume un débat qu’il a eu à Davos : il devait défendre les technologies du futur (clonage, OGM,...), son contradicteur expliquant qu’au contraire il vaut mieux, dans de nombreux domaines, ne pas pousser l’étude de peur de dégâts irréversibles. Ça aurait pu être intéressant ; hélas, la rhétorique est lourde , la présentation est de mauvaise foi, les arguments sont bien faibles, voire agaçants. Que Dyson soit fortement pour les OGM, c’est son droit ; mais l’entendre affirmer que les OGM pourront apporter la prospérité et la fin de la servitude économique aux pays africains laisse pantois. C’est encore pire lorsque l’on découvre que l’Europe ne veut interdire les OGM que pour des raisons économiques (ce qui est sans doute en partie vraie) alors que le gentil président de l’Académie nationale des Sciences des États-Unis, lui, en soutenant les OGM, ne fait que soutenir les Africains (sans mentionner que ceux-ci doivent payer pour racheter chaque année les semences de plants stériles...)

C’est d’autant plus dommage que le reste de la discussion, par ailleurs, ne manque pas d’intérêt, et que les meilleurs morceaux de l’ouvrage sont à venir.

Pensées hérétiques

Dans un chapitre volontiers provocateur, Dyson nous rappelle que la science, hier comme aujourd’hui (et surtout comme demain ! ) a besoin d’hérétiques, c’est-à-dire de penseurs refusant de se conformer aux idées communément admises. C’est bien entendu une tâche difficile, plus aisée peut-être lorsque l’on va émettre des idées dans un champ d’études qui n’est pas le sien ; aussi Dyson cite-t-il un astronome prédisant un mécanisme physiologique avéré quarante ans plus tard, une manière peut-être de justifier son incursion dans la biologie et la politique.

Quelques coups de pieds dans la fourmilière : calculs à l’appui, Dyson explique pourquoi le "réchauffement planétaire" n’est peut-être ni si grave, ni d’une si grande ampleur que ce que l’on prétend souvent. Première hérésie, qui heurte, non les croyances scientifiques actuelles (les spécialistes sont les premiers à reconnaître leur manque de visibilité), mais le citoyen bien-pensant qui, naturellement, est très concerné par le réchauffement climatique.

Seconde hérésie, l’homme peut et doit contrôler la nature, il saura peut-être mieux qu’elle ce qui est préférable, et il faut donc se méfier d’une "éthique naturaliste" dans laquelle tout changement opéré par l’homme est nécessairement mauvais. Les exemples cités sont pertinents, mais le glissement de sens vers les OGM est surprenant.

La troisième hérésie fait davantage sourire : les États-Unis en auraient pour moins d’un siècle à être la "première des nations". C’est certainement beaucoup moins hérétique de ce côté-ci de l’Atlantique où, comme l’explique l’auteur (d’origine britannique), bien des pays (l’Italie, l’Espagne, la France, la Grande-Bretagne) ont été la première puissance au monde avant de céder le pas à un voisin.

Titre du livre : La vie dans l'univers : Réflexions d'un physicien
Auteur : Freeman Dyson
Éditeur : Gallimard
Titre original : A Many-colored Glass: Reflections on the Place of Life in the Universe
Nom du traducteur : Stéphane Schmitt
Date de publication : 12/02/09
N° ISBN : 2070121488
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2 commentaires

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walter

17/08/10 21:51
Je me suis peut-être mal fait comprendre. Je ne dénie pas l'accès aux africains à ces biotechnologies. C'est tout le contraire. Ces biotechnologies ne sont PAS accessibles aux africains : ils ont tout juste la possibilité d'acheter, chaque année, des graines stériles. Les OGM sont présents depuis de nombreuses années. Contrairement aux allégations de certains, le problème de la faim dans le monde n'a pas été résolu. Au contraire, des pays s'endettent chaque année pour racheter des semences, et ne peuvent plus être concurrentiels avec des semences classiques qui leur appartiendraient en propre.
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jubor

04/05/09 12:34
Amusant...

Vous appréciez la méthode analytique de l'admirable FD mais lorsque les conclusions de celle-ci collisionne vos préjugés -pardon, opinions- (sur les OGM, l'agriculture en Afrique, etc...) vous vous trouvez tout pantois...

Comme quoi, l'hérésie c'est super chouette, mais pas contre mes (bonnes, justes, fondées) idées...

>> mais l’entendre affirmer que les OGM pourront apporter la prospérité et la fin de la servitude économique aux pays africains laisse pantois...

Halala...trop hérétique ?

Au fond, Walter, qu'en savez vous au juste ? Êtes-vous suffisamment sur de votre fait pour dénier aux Africains l'accès a ces biotechnologies ?

Question : Comment fait-on lorsque les résultats d'une analyse scientifique contredit radicalement les préjugés politiques de l'époque ?
(cf Darwin au 19eme, perspectives des OGM today)

J

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