Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

L’objectif didactique de ce quasi manuel est d’expliquer ce que l’économie a à dire sur la corruption, ses causes, ses conséquences et les moyens politiques pour lutter contre elle. Jean Cartier-Bresson fait donc une recension riche des analyses et études consacrées à la corruption. La présentation n’est pas aussi synthétique qu’on le souhaiterait, mais la responsabilité n'en incombe pas à l'auteur : les analyses de la corruption sont aussi diverses que les théories sur le rôle de l'État dans l'économie.
Le second objectif de l'ouvrage est de comprendre comment le discours sur la mauvaise gouvernance tenu dans les organisations internationales intègre les problèmes de corruption. L’auteur a beau jeu de souligner que le succès du terme de gouvernance dissimule souvent des jugements peu fondés et trop généraux. Mais il reconnaît également que la question de la réforme de l'État a ainsi été reposée de manière moins dogmatique.
Le lecteur ne peut manquer d’être intéressé par une présentation aussi complète des théories économiques de la corruption et des discours contemporains sur la mauvaise gouvernance. Cependant il pourrait avoir deux raisons d’insatisfaction au moment de refermer l’ouvrage. La première est le manque d’études de cas précis qui donneraient une idée des pratiques recouvertes sous le mot corruption : la littérature empirique n'a pourtant pas manqué ces vingt dernières années. La seconde est la brièveté avec laquelle sont exposés les travaux d’anthropologues ou de politistes, alors que l’auteur affirme à maintes reprises qu’elles peuvent utilement enrichir la perspective économique.
À cause de la richesse et de la diversité même de son contenu, faire une présentation complète de l'Économie politique de la corruption et de la gouvernance relève de la gageure. À peine puis-je ici esquisser quelques-unes des pistes qui m'ont le plus intéressé à la lecture de l'ouvrage.
Qu'est ce que la corruption ?
La corruption est d'abord une pratique criminelle, qui a reçu une définition juridique dans la plupart des pays. Au-delà des divergences juridiques sur les circonstances, les acteurs concernés, l'objet de la connivence, il y a corruption lorsque l'intégrité de la fonction publique, son impartialité et son efficacité sont compromises. Les comportements les plus fréquemment incriminés sont l'ingérence, la prise de participation par des fonctionnaires voire la concussion pure et simple. Le plus emblématique des faits de corruption est l'atteinte à la liberté d'accès ou l'égalité de traitement des candidats aux marchés publics.
Prenant comme donnée la distinction légal/illégal, la théorie économique considère la corruption ni plus ni moins que comme une transaction ; la théorie économique privilégie l'analyse en termes de marché : sur le marché de la corruption il y a des transactions mettant aux prises des offreurs (hommes politiques ou fonctionnaires) et des demandeurs (particuliers, entreprises) qui se mettent d'accord sur un prix versé à l'offreur (argent, cadeau, contre-faveur). Les transactions peuvent être fréquentes et les participants nombreux comme le marché noir en URSS ; elles peuvent être rares et concerner quelques individus proches du pouvoir comme dans l'Indonésie de Suharto. La fréquence des transactions garantit la stabilité des prix, que les montants soient petits (achat de policiers par des petits commerçants) ou élevés (marchés publics du bâtiment).
Il est utile de distinguer les types de corruption selon que les hommes politiques et les fonctionnaires sont ou non impliqués. La corruption « purement politique » implique la capture de décisions politiques ou législatives par des intérêts privés (entreprises ou lobbies). La corruption « purement administrative » intervient lorsque les fonctionnaires chargés de l'application des lois utilisent leur pouvoir discrétionnaire en faveur d'un agent privé. La corruption « politico-administrative » implique un ensemble plus vaste, comme un système clientéliste où l'action des fonctionnaires est dirigée (par exemple si leur carrière en dépend) vers la distribution inégale de biens publics pour des objectifs électoralistes.
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Georges S.