Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
La délinquance juvénile au crible de la sociologie
[lundi 20 avril 2009 - 15:00]
Problèmes de société
Couverture ouvrage
Sociologie de la délinquance juvénile
Gérard Mauger
Éditeur : La Découverte
122 pages / 9,03 € sur
Résumé : Une synthèse éclairante des recherches sociologiques sur la délinquance juvénile.
Page  1  2  3  4 

Si la délinquance (ou le crime) constitue un écart à la norme, elle n’est cependant rien d’autre qu’un écart à la norme juridique. Elle constitue la mise en forme juridique d’une déviance ou, pour le dire autrement, d’un écart supposé intolérable à une norme sociale. Cette distinction essentielle entre déviance et délinquance a constitué une ligne de rupture structurante dans la construction d’une sociologie du phénomène délictuel (ou criminel). Dès 1895 dans Les règles de la méthode sociologique, Emile Durkheim posait les jalons d’une réflexion sociologique sur le crime : nous ne réprouvons pas un acte parce qu’il est criminel, mais il est criminel parce que nous le réprouvons. Dans le même ordre d’idée, en proposant l’évolution d’une criminologie du « passage à l’acte » vers une criminologie de la « réaction sociale », Philippe Robert, en 1972, esquissait le programme d’une sociologie du crime (ou de la délinquance) qui soit une sociologie du droit et des institutions pénales de réaction à la déviance sociale.

À rebours de ces positions, Gérard Mauger présente une sociologie des « pratiques délinquantes ». Refusant, comme cela a été le cas dans certaines sociologies « radicalement constructivistes »  , « d’ignorer le point de vue des déviants » et de « réduire la sociogénèse de leurs pratiques (donc labellisées déviantes) aux effets de l’étiquetage », en n’envisageant « les pratiques délinquantes que sous l’angle juridique »  , Gérard Mauger prend « le parti inverse d’étudier la sociogenèse des pratiques délinquantes, en considérant – comme Becker lui-même – qu’elle ne se réduit pas à une opération d’étiquetage »  . En particulier, explique-t-il, « les prédations sont aussi des pratiques économiques susceptibles d’être étudiées comme telles, de même que la violence physique (les « coups et blessures volontaires » du code pénal) peut être étudiée comme un moyen de domination. »  .


Dans le premier chapitre de l’ouvrage (« La délinquance juvénile : construction d’objet »), Gérard Mauger présente sa démarche, qui s’est construite en deux temps. Dans un premier temps, il montre la pertinence qu’il y a à faire une sociologie de la délinquance juvénile. Pour cela, il reprend à son compte les constructions statistique, judiciaire et savante de la spécificité d’une délinquance des mineurs qui autorisent à faire « de la délinquance juvénile une catégorie sui generis »  . Pour autant, il prend ses distances avec les constructions considérées. En particulier, sur le point de la construction statistique, il expose les procédés qui peuvent être employés, notamment par l’usage « d’enquêtes de victimation » et « d’enquêtes par autorévélation », pour « évaluer l’écart entre la délinquance réelle et la délinquance enregistrée »  . En ce qui concerne la construction savante (par la médecine, la psychologie, etc.), il affirme à plusieurs reprises la spécificité sociologique de la « jeunesse » comme « âge de cristallisation des habitus »  . Ce qui lui permet de critiquer le « retour en France depuis les années 2000 d’une définition purement judiciaire de la responsabilité », qui a « provoqué la rupture avec la justice protectrice du texte de 1945 » sur l’enfance délinquante, rapprochant la justice des mineurs de la justice des majeurs  . En effet, en tant que « séquence de trajectoire biographique qui se prête plus facilement que d’autres à des entreprises de conversion »  , la jeunesse doit être l’objet d’une attention particulière.

Titre du livre : Sociologie de la délinquance juvénile
Auteur : Gérard Mauger
Éditeur : La Découverte
Collection : Repères
Date de publication : 30/11/99
N° ISBN : 2707149713
Page  1  2  3  4 
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

1 commentaire

Avatar

zorg

22/04/09 14:10
il faudrait envoyer votre compte rendu à notre Président .Il verrait que la lutte contre la délinquance n'est pas une simple affaire de répression ,mais de compréhension de la société.du reste , et je ne suis pas le seul à le dire, le discours sécuritaire s'affaiblit en période de crise économique;

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici