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Critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Viviane et Virginia
[vendredi 17 avril 2009 - 05:00]
Littérature
Couverture ouvrage
Virginia Woolf
Viviane Forrester
Éditeur : Albin Michel
347 pages / 20,90 € sur
Résumé : Une biographie qui soulève la question de l’utilité d’un tel exercice, surtout que ce n’est pas la première, ni pour Woolf, ni pour Forrester.
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L’exercice de la biographie oblige à tenir en équilibre – un équilibre subtil, fragile – entre l’humilité du secrétaire, et l’implication du confident. On a toujours de bonnes, donc de mauvaises, raisons pour décider d’écrire la vie d’un autre : revendication, réhabilitation, fascination, admiration. Elles sont toutes aussi recevables que discutables. Le récit se construit dans le lien qui se tisse entre le mort et l’écrivant, entre l’objet et le sujet, entre le modèle et l’interprète.

On peut se demander quelles sont les limites d’une telle enquête, jusqu’où doit aller la volonté de connaître, de déchiffrer, de dévoiler, quand les recherches deviennent manie, quand la curiosité devient malsaine. On peut se demander dans quelle mesure ce qui n’avait pas vocation à être publié peut et doit devenir public, quelle est la limite de l’indécence et de l’impudeur. Et cette question se pose pour les biographies comme pour le matériel qui les alimente : journaux et correspondance.

Viviane Forrester peut être considérée comme une spécialiste du sujet. Elle a déjà publié sur Woolf le produit d’une série d’émissions pour France Culture en 1973. Elle a longuement interrogé les membres de la famille, les survivants de Bloomsburry. Pourquoi récidiver ? Parce qu’elle est en possession d’informations nouvelles qui vont pouvoir modifier notre vision de Virginia Woolf, amender l’image construite d’abord par ses proches avant d’être enregistrée par les fidèles biographes, dont, en premier lieu son neveu, Quentin Bell. Ce qu’elle nous livre ici est donc le fruit d’années de travail et de recherches, mais aussi le résultat de nouvelles découvertes, grâce à la parution récente de certaines correspondances, en particulier celle de Léonard Woolf avec Lytton Strachey.

Et l’enjeu d’une telle publication devient alors avant tout la revendication de la nouveauté, du scoop. L’éclairage nouveau, oblique, choisi par Forrester, consiste à observer Virginia, non plus à travers Léonard, principal artisan du mythe de la Virginia que nous croyions connaître, mais à côté de Léonard, en prenant en compte le passé et les névroses personnelles de ce dernier. Il s’agit de passer derrière le miroir, ne plus accepter le reflet que l’on nous tendait comme la vérité.

De ce déplacement de point de vue, émergent deux révélations : Virginia n’était pas frigide, mais en revanche elle était antisémite. À la fois victime et coupable donc. L’impartialité du biographe semble préservée. Sauf que l’antisémitisme de Woolf, s’il dérange notre lexique bien pensant – en témoigne cette lettre au peintre Raverat : "Comment est mon mari ? un Juif : nez très long et fin ; immensément énergique. Mais pourquoi je ne parle pas de lui ? C’est que vous êtes vraiment antisémite, du moins l’étiez-vous à l’époque délicate de nos fiançailles, aussi ai-je cru préférable de ne pas le mentionner" – n’est que le vernis culturel d’une identité sociale et nationale – la remarque adressée à Raverat démontre d’ailleurs la lucidité de Woolf sur son propre antisémitisme comme habitus de classe – et cohabite donc sans paradoxe avec l’engagement antifasciste du couple dès les années trente.

Reste la frigidité, qui apparaît, sous la plume de Forrester, comme une immense machination inventée par Léonard pour masquer la sienne propre. Une entreprise de réhabilitation de Virginia comme créature désirante et sensuelle, injustement brimée par un mari névrosé, construite à coups d’analyses psychologisantes plus que douteuses.

Titre du livre : Virginia Woolf
Auteur : Viviane Forrester
Éditeur : Albin Michel
Collection : Essais doc.
Date de publication : 04/03/09
N° ISBN : 2226189882
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3 commentaires

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Ciel

23/05/09 01:11
Non non, pas "le sens": "LES" sens....justement....
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Mathias

25/04/09 14:08
Et ta soeur, elle souffre d'agueusie ?
Faudrait voir à pas se gourer sur le sens justement
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Ciel

20/04/09 02:07
Encore une critique d'intellectuel(le) souffrant d'agueusie. C'est le lot ici. De temps en temps servez-vous de vos sens. La compréhension du monde passe d'abord par là.

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