On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Jacques Marseille, historien économiste et professeur à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne, s’attache dans son nouvel ouvrage à examiner une question d’actualité, celle du pouvoir d’achat des Français. L’enjeu est à cet égard bien posé dès l’introduction du livre : alors que les représentations fustigent la baisse du pouvoir d’achat, l’explosion de la pauvreté et des inégalités, les diverses statistiques et analyses économiques et sociologiques publiées à ce jour montrent presque toutes le contraire . Jacques Marseille entend ainsi – par une nouvelle contribution sur cette question – séparer le bon grain de l’ivraie entre « mythe et réalité » .
Pour s’attaquer à ce problème, Jacques Marseille a décomposé son livre en six parties, portant sur six thèmes différents, chacune intitulée par une indication chiffrée. On peut ainsi voir d’un simple coup d’œil que le taux de croissance annuel moyen des salaires entre 1843 et 2007 a été de 1,6% ; que le taux de croissance annuel moyen du patrimoine entre 1830 et 2007 a été de 1,5% ; que le rapport des revenus disponibles entre les 10% les plus riches et les 10% les plus pauvres est passé de 19 fois plus en 1780 à 3 fois plus en 2007 ; que le score de bonheur des Français est passé de 2,88 en 1973 à 3 (sur 4) en 2006 ; que le taux de prélèvements obligatoires français est égal à 43,3% alors que celui de l’Union Européenne est en moyenne de 38,6% en 2007 ; et enfin que 9000€ de cotisations sociales annuelles universelles pourraient changer le fonctionnement de la Sécurité Sociale française.
Au sein de ces diverses parties, il est alors du devoir du lecteur de séparer lui aussi le bon grain de l’ivraie entre les réels apports de Jacques Marseille et ses borborygmes intellectuels. Cet ouvrage est en effet agaçant à un triple titre.
Le premier agacement est plutôt positif. En effet, Jacques Marseille démontre bien que les faits sont têtus. Malgré les discours alarmistes, répétés quasiment à l’identique en 1871, en 1955, en 1975, en 2004 , il est indéniable d’observer tout au long de deux siècles d’histoire une croissance du pouvoir d’achat et une diminution des inégalités. Jacques Marseille fournit ainsi dans ses annexes deux représentations énormément simplifiées du revenu perçu chaque année, à euros constants, c'est-à-dire corrigé de l’inflation, par habitant. On y voit très nettement, à l’exception de quelques ralentissements cycliques au cours du dix-neuvième siècle, une augmentation du revenu perçu par habitant.
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Aztlan