On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Avec la parution du livre de Patrick Blandin De la protection de la nature au pilotage de la biodiversité, les éditions Quae – sous l’égide desquelles plusieurs instituts de recherche scientifique (le Cemagref, le Cirad, l’Ifremer et l’Inra) ont récemment réuni leurs activités éditoriales – publient le seizième volume d’une excellente collection qui mériterait d’être mieux connue du grand public auquel elle s’adresse directement puisque, selon les termes de la charte de cette collection dirigée par Raphaël Larrère et Françoise Lescourret, la collection "Sciences en questions", qui traite de "questions d’ordre philosophique, historique, anthropologique, sociologique ou éthique relatives aux sciences et à l’activité scientifique", est "destinée à une large communauté scientifique et à un public ‘éclairé’".
Chaque volume se présente sous la forme d’un livre de petit format, dépassant rarement la centaine de pages, et comprenant le texte d’une conférence prononcée à l’Inra devant le groupe de travail qui porte le même nom que la collection, suivi de la retranscription du débat que la conférence a suscitée. C’est ainsi qu’ont déjà paru, pour n’en citer que quelques-unes, les études fort intéressantes d’Axel Kahn sur la révolution biologique, de Philippe Roqueplo sur l’expertise scientifique, de Pierre Bourdieu sur les usages sociaux de la science, de Henri Atlan sur la fin du "tout génétique", de Jean-Pierre Dupuy sur les sciences cognitives, de Bruno Latour sur l’anthropologie du métier de chercheur, de Bernadette Bensaude-Vincent sur les nanotechnologies et, tout récemment, de Michel Morange sur l’histoire des sciences .
Le dernier volume en date enrichit le catalogue d’une contribution passionnante signée de la plume de l’un de nos meilleurs écologues, naguère directeur de la Grande Galerie de l’évolution du Muséum national d’histoire naturelle, et accessoirement – ainsi que nous l’apprend malicieusement le préfacier du livre – grand collectionneur devant l’Eternel de papillons-chouettes d’Amérique tropicale, de Morphos et d’Ornithoptères de Nouvelle-Guinée : nous avons nommé Patrick Blandin.
Les mots, les concepts, les idées : d’un glissement à l’autre
Le projet de ce livre, nous semble-t-il, est triple. Se donnant pour objet général d’enquête l’évolution des idées en matière de protection environnementale depuis le début du XXème siècle jusqu’à nos jours, l’auteur isole trois types de "glissement" qui correspondent aussi bien aux trois grandes scansions de l’histoire qu’il s’efforce de reconstituer : un "glissement terminologique" , un "glissement conceptuel" et un "glissement idéologique" .
La première tâche que se donne l’auteur est de faire la généalogie de ces trois types de glissement discursif, en se plongeant, respectivement, dans l’histoire de la conservation de la nature telle qu’elle commence à la fin du XIXème siècle aux Etats-Unis, puis dans l’histoire de la succession des modèles d’intelligibilité auxquels les écologues ont eu recours tout au long du XXème siècle, et enfin dans l’histoire des représentations des objectifs fondamentaux que se sont donnés par le passé les diverses politiques environnementales internationales.
La seconde tâche, intimement liée à la première, est d’élucider la solidarité théorique de ces trois types d’évolution concomitants, en montrant de quelle manière les débats qui opposent les partisans de la conservation à ceux de la préservation de la nature trouvent à se prolonger dans les controverses qui agitent le milieu de l’écologie scientifique, qui exercent elles-mêmes une influence sur la façon dont les gestionnaires et les politiques déterminent les mesures de protection à mettre en œuvre.
2 commentaires
Pelatan
D'ailleurs, curieusement il n est ni question de développement durable, ni des actes de la conférence de Rio dans ce livre et ni dans cette critique, ce pour une bonne raison, c est que ni nos chercheurs, ni nos universitaires ne sont arrivés à saisir le concept de développement durable, ne considérant souvent que le pilier environnemental, sans considérer les piliers économique et social. En effet, si les chercheurs de lINRA et du CIRAD ( le CEMAGREF est déjà condamné) évaluaient les critères économiques et sociaux de leurs recherches, leurs programmes disparaîtraient tout simplement ( et leurs postes).
C'est à dire que le pilotage de la biodiversité devrait déjà remettre complètement à plat tout notre appareil de recherche qui tels nos hommes politiques locaux ( et les hauts fonctionnaires qui vont avec..) ressemble de plus en plus à un décor médiatisé.....
Frog