On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
La quatrième de couverture de ce volumineux ouvrage annonce l’ambition : "On ne parlait que d’elle dans les années de la vague structuraliste. Puis elle a été emportée avec l’eau du bain, au point qu’apparemment il n’y plus rien à en dire. Or, la parenté est au centre des bouleversements de la société occidentale – dans les pratiques (‘démariage’, familles ‘ recomposées’, familles monoparentales…) comme dans les normes (PACS, revendication de l’accès au mariage et à l’adoption pour les couples homosexuels…). Laurent Barry propose, à partir d’un état des lieux des ‘notions’ (filiation, alliance et nomenclatures) et des ‘systèmes’ (‘élémentaire’, ‘endogame’, ‘complexe’, etc.) une théorie des groupes de parenté et d’alliance". L’auteur se montre-t-il à la hauteur de ce programme ? Les objectifs sont-ils atteints ?
Une brillante présentation des notions, des systèmes et des théories de la parenté
Le premier objectif énoncé est d’effectuer une étude comparative des diverses notions, systèmes et théories de la parenté. Objectif atteint ! En 860 pages, dont un glossaire complet qui permet au lecteur de se mouvoir dans le vocabulaire français ou anglo-saxon, l’auteur réussit à nous donner une explication limpide des notions, une étude panoramique et comparée des systèmes, une description claire et une analyse critique des théories.
L’étude des systèmes est vaste et repose sur des exemples précisément localisés. Le lecteur peut ainsi replacer chaque notion dans son contexte et en comprendre l’ensemble des significations. Les systèmes "élémentaire", "complexe" et "endogame", les principes de parenté "utérin", "parallèle" ou "cognatique" sont expliqués et illustrés par des sociétés issues de diverses aires géographiques (sociétés peule, du Lac Tchad, soudanaise, d’Afrique centrale, des Haute-terres malgaches, Na de Chine, indienne, de Nouvelle-Guinée, Ashanti, Han, chinois de Taiwan…) ou de diverses époques (Empire romain, Rome chrétienne, Moyen-Âge, époque moderne et contemporaine). La contextualisation étant particulièrement réussie, le lecteur découvre ainsi, avec l’auteur, les diverses théories pour en appréhender autant les apports que les limites.
Une analyse incomplète, et parfois erronée, des systèmes de parenté contemporains occidentaux
Sur la base d’une comparaison avec des systèmes de parenté dans d’autres sociétés et d’une analyse critique des théories, l’ouvrage nous permettrait – c’est le second objectif annoncé – de mieux comprendre ce qui se passe, dans la pratique comme dans les normes, dans le système de parenté de la société occidentale contemporaine. Je dois avouer que c’est ce sujet particulier qui a attisé ma curiosité et qui m’a poussé à entamer la lecture de cet ouvrage. C'est sur ce sujet également que je me sens le plus apte à porter un regard critique d’où mon intérêt très focalisé dans la présente note de lecture.
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