Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

Comme la philosophie selon Maurice Merleau-Ponty, la culture s’épuise à définir son propre objet. S’agit-il de désigner ce à quoi prétend accéder tout homme qui cherche à se dépasser par la fréquentation des œuvres les plus remarquables du génie humain ? Ou bien l’ensemble des manières de vivre, de penser et d’agir d’une société donnée ? Ou encore ce répertoire de comportements ou de références caractéristiques qui donnent un sens à chacun des accomplissements des membres d’un groupe particulier, à la fois une direction et une signification ? Ou enfin cette inculcation subreptice ou insidieuse d’un système de valeurs caractéristiques d’une aire géographique au périmètre bien tracé, d’une civilisation ?
Les mots, disait Wittgenstein, n’ont pas de sens : ils n’ont que des usages. Le mot culture échappe moins que les autres à la règle. Il fallait une certaine audace ou une grande naïveté pour réaliser une anthologie “présentée et commentée” de ce qu’on appelle, depuis une trentaine d’années, les cultural studies. En effet, dans notre pays, elles restent stigmatisées par les chercheurs français : trop éloignées du marxisme pour les uns, qui ne se sont jamais dépris de cette conception selon laquelle l’idéologie n’est que cette hyperstructure capable seulement de faire oublier leur sort aux hommes exploités par le capitalisme ; trop marquées pour les autres par une tradition empirique américaine qui s’attache à l’observation des faits, des comportements, ceux des groupes ou des communautés, de leurs “cultures” particulières, plutôt qu’aux seules détermination économiques des agissements et des pensées des acteurs sociaux.
Le pari, en l’occurrence, était double et doublement risqué : en adoptant la formule anglo-saxonne du text-book, d’un recueil ordonné de textes originaux, il s’agissait, en même temps que de tracer le périmètre d’un domaine dont les chercheurs français ont souvent contesté la légitimité, de faire admettre à ces derniers qu’il constitue un regard nouveau, une approche féconde en sciences sociales. Le pari de nos trois aventuriers, Hervé Glevarec, Eric Macé et Eric Maigret, est largement gagné.
De ce courant d’études, selon eux à la fois “mondialisées et multilocalisées”, ils ont clairement défini l’ambition majeure : “comprendre les dynamiques de créativité et d’hégémonie culturelles en cours dans la prolifération des nouvelles pratiques, des nouveaux supports et des nouvelles représentations qui constituent dorénavant notre environnement culturel”. C’est évidemment la question des médias qui est posée. Mais pour y répondre, l’intérêt des cultural medias est double, comme le soulignent les auteurs dans leur introduction : d’un côté, il s’agit de prendre la culture au sérieux en passant du concept marxiste d’idéologie à celui d’hégémonie, au sens de Gramsci ; d’un autre côté, il convient d’adopter une acception large de la notion de culture, distincte mais non opposée à celle, par trop française, de culture savante, de haute culture, de culture “cultivée” comme on le disait dans les années 1960 et 1970.
2 commentaires
Amélie
A bientôt
étudiante!
Merci bien!
(bonne journée à tous...)