On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Non, ce n’était pas une fiction.
Il y avait celui qui était concentré sur ses idées, dans le métro à 7h du matin, engoncé dans un sac poubelle en guise de manteau, prêt à s’en défaire à 8h40, cinq minutes avant le départ.
Il y avait celui qui prônait, à qui veut l’entendre, le dépassement… qui faisait l’éloge de la volonté – “quand on veut on peut” – et qui est tombé dans le mur. Le marathon comme leçon d’humilité.
Il y avait d’ailleurs celui qui a appris à ses dépends le sens de ce mot, “mur”, en course à pied, pour désigner le lieu, souvent entre le 30ème et le 35ème kilomètre, où le corps n’en peut plus. Face au mur, le coureur s’arrête, tel le petit lapin de notre enfance, celui qui n’avait pas les bonnes piles pour continuer à battre son tambour, et dont on a enfin trouvé le nom, Sisyphe.
Plus en forme, il y avait celui qui en avait encore “sous la semelle”, selon le jargon des coureurs. De façon extraordinaire, il tirait maintenant profit de sa lecture du livre d’Isabelle Queval, S’accomplir ou se dépasser, essai sur le sport contemporain, (Gallimard, 2004). Déversant habilement quelques endorphines sur ses récepteurs opiacés, il se rapprochait asymptotiquement de son accomplissement, sans bien sûr jamais l’atteindre.
À côté de lui, il y avait quelques femmes : 16,5% de marathoniennes à Paris, participation féminine pas si négligeable que ça, comparée à d'autres sports populaires comme le foot, le rugby ou le vélo. L'une d'entre elles s’était spécialisée en sociologie urbaine. Adepte naïve de l’observation participante, elle notait qu’au moment du mur, il se trouvait dans le quartier le plus bourgeois de Paris, le seizième arrondissement. L’animation faisait cruellement défaut et l’indifférence des autochtones devenait presque désagréable. Pour ces gens-là, comme aurait chanté Brel, la promenade du beau-caniche-à-mémé, c’est sacré ! “Et tous ces étrangers [29%] qui nous empêchent de sortir la BM !”
Il y avait celui qui avait lu dans la foulée (!) Courir de Jean Echenoz (Ed. Minuit 2008), sur le mythe Zatopek - “Si tu veux courir, cours un kilomètre. Si tu veux changer ta vie, cours un marathon”) - puis le livre de Murakami, Autoportrait de l’auteur en coureur de fond (Belfond, 2009). Il s’était senti attirée par l’expérience, voire l’Expérience.
7 commentaires
Chris
et l une d entre nous n'a aucune photo souvenir de ce formidable moment alors au cas ou quelqu'un a pris la photos de sandrine dossard 41028 elle serait ravie d'avoir cette agréable surprise. Merci de regarder vos clichés et de me l'envoyer a r.chris@dbmail.com
ERCI ON NE C EST JAMAIS...
Emile
http://www.nonfiction.fr/article-2368-pour_une_sociologie_pragmatique__la_comprehension_du_regard_social.htm
pconvert
même réflexion finale que Léon ....
et pus .... tu n'as pas parlé de ceux qui le font déguisé en 3h15 ;-)
ça existe aussi ....
à bientôt .
léon davidovitch
je trouve que ce texte doit être lu car il apporte une touche très différente de beaucoup de niaiseries écrites sur la toile, il doit être critiqué, abondé, cependant, je trouve qu'il a encore des traces d'endorphine parce que je n'y vois aucune agressivité, au contraire, il y a une sorte de "tous les coureurs sont gentils, tous les particpants à Paris sont beaux, ... oui on y était tous ensemble", les points d'interrogation n'en sont pas.
pour moi qui n'ai pas couru dimanche sur les champs élysées et pas sur l'avenue Foch, j'aurais tendance à soulever une polémique.
peut-on dire qu'être marathonien, c'est avoir couru un marathon, ne pas avoir couru implique ne pas l'être?
de la même façon, il y a ceux qui font les 100km de Millau, qui participent à la fête très longtemps car il mettent presque 24 heures.
doit-on dire qu'un cent-bornard est celui qui a marché 100 bornes ?
rebouclons,
léon davidovitch
plus tard, j'étais fier de dire que j'avais couru le Marathon de Paris.
on me demandait, ah, tu es marathonien ? est-ce que tu as couru NY, ben non, reconnaissais-je, et on me demandait lourdement: et ton marathon il fait combien ? ... ah bon est-ce aussi long qu'à NY ?
il vaut peut-être mieux pour être reconnu avoir marché 26 miles à NY plutôt que d'avoir couru 42 kilomètres à Paris. As t-on besoin de la reconnaissance des autres ?