Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
Bientôt de nouveaux résultats !
Il faut saluer la publication française de ce beau livre de Peter Green dont la première édition, sous le titre The Year of Salamis, remonte à 1970. En 1996, l’auteur avait fait précéder d’une importante préface la réédition de cet ouvrage, The Greco-Persian Wars – et c’est cet ensemble qui est traduit ici par Denis-Armand Canal pour les éditions Tallandier. Disons tout de suite que cette traduction est curieusement inégale. Il faut s’armer de patience dans la préface et endurer de barbares fautes de grammaire dans le premier chapitre avant de trouver, heureusement, une prose équilibrée, riche, évocatrice, qui rend pleinement justice au talent de journaliste et de romancier de Peter Green. On peut tout à fait comprendre que la plume du traducteur se soit peu à peu déliée tout au long de ces 400 pages au contact du style de Peter Green ; mais on ne peut s’empêcher de regretter un manque d’harmonisation de l’ensemble.
De l’utilité des préfaces
La préface de l’édition de 1996 est importante pour ne pas se méprendre sur les intentions de l’auteur. Peter Green y répond très librement et non sans humour aux critiques adressées à la première édition de son livre et s’explique sur certains partis-pris – cette première édition avait suscité plus d’une dizaine de compte-rendus et recensions dans des revues spécialisées, c’est dire que l’ouvrage ne laisse pas indifférent. On apprend donc dans cette préface qu’on ne doit pas s’attendre à un livre d’érudit destiné à des spécialistes ; qu’au contraire, il nous faut nous glisser dans la peau du « lecteur moyen », public cible de l’éditeur commanditaire de l’ouvrage. On y entrevoit aussi l’ambition thucydidéenne de cette grande fresque des guerres médiques : si Thucydide cherchait à comprendre les causes de la guerre du Péloponnèse, Peter Green essaie de démêler celles des guerres médiques, d’expliquer les raisons de l’attaque lancée par l’empire achéménide contre les cités grecques en 490 av. J.C. – ainsi, bien sûr, que celles de sa défaite finale, contre toute logique, en 479 av. J.C. Mais le personnage tutélaire de l’ouvrage est le « père de l’Histoire », Hérodote, pour lequel Peter Green professe une grande admiration. Ni cuistrerie d’érudit, ni manuel d’histoire militaire, le livre que l’on s’apprête à lire s’avoue d’emblée comme une vivante discussion avec ce lointain prédécesseur, dont Peter Green connaît le texte à merveille, même s’il n’en partage pas toutes les conclusions – cette familiarité va jusqu’à lui faire parfois oublier que son lecteur n’est pas aussi fin connaisseur d’Hérodote et qu’il a la faiblesse d’avoir besoin de notes de bas de pages pour comprendre toutes les allusions aux Histoires.
Le roman des guerres médiques
C’est donc muni de ces avertissements en guise de viatique et sous la protection des mânes de l’historien d’Halicarnasse que le lecteur s’engage dans les sept chapitres du livre. Ils retracent, dans l’ordre chronologique, les préparatifs et le déroulement des guerres médiques, depuis la politique impérialiste de Darius à la fin du VIème siècle, jusqu’aux lendemains de la bataille du cap Mycale en 479 av. J.C. Jamais ces 400 pages ne lui sembleront longues. Car, comme Hérodote, Peter Green possède un talent certain de conteur.
Aucun commentaire