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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Pourquoi les guerres médiques ?
[mercredi 01 avril 2009 - 09:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Les guerres médiques
Peter Green
Éditeur : Tallandier
446 pages / 27,55 € sur
Résumé : Un récit passionné et passionnant des guerres gréco-perses du Ve s. av. J.C à la lumière des sources anciennes.
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L’histoire des guerres médiques est par excellence le lieu de la construction des légendes. Pour Peter Green, retracer l’histoire des guerres médiques, c’est précisément essayer de comprendre la genèse des grands mythes qui ont fait l’histoire. L’enquête est toute hérodotéenne cette fois, et le maître lui-même n’échappe pas à un examen impitoyable : le mythe de Marathon, épisode qui, sur le plan militaire, ne résout rien ; le mythe des Thermopyles et du sacrifice héroïque « volontaire » de Léonidas ; la « grande » victoire hoplitique sur l’îlot de Psyttalie, dans la baie de Salamine, indispensable pour contrebalancer, par un fait d’arme qui contribue au prestige des plus riches, la gloire toute récente des matelots athéniens, les thètes, des citoyens pauvres et déconsidérés – la cohésion sociale était sauve.

Le temps long de l’histoire


On le voit, cette recherche sur les origines des guerres médiques est profondément ancrée dans un mouvement qui dépasse largement l’histoire internationale de ces années 490-480 av. J.C. C’est que ce conflit, qui marque précisément pour les historiens le début de la période dite « classique », est la fin d’un monde autant que le début d’une nouvelle ère. L’analyse de Peter Green permet d’en envisager toutes les articulations. Le conflit gréco-perse s’insère d’abord dans l’histoire propre à chaque cité. Peter Green ne laisse de côté aucun facteur qui puisse expliquer la réaction des Athéniens et leur contribution à la victoire finale des Grecs : les facteurs économiques (nécessité de protéger les voies d’approvisionnement en blé, exploitation des mines argentifère du Laurion) les facteurs politiques et sociaux (consolidation de la toute jeune démocratie clisthénienne, recul de l’influence des hoplites propriétaires terriens). L’analyse des causes permet d’entrevoir l’ampleur des conséquences à long terme. On a là presque tous les ingrédients que l’on retrouvera au cours du Ve siècle dans les structures profondes de l’impérialisme athénien. Les guerres médiques interviennent aussi à un moment décisif dans l’histoire des relations entre les cités grecques. Les pages de Peter Green sur la genèse du sentiment panhellénique et les résistances rencontrées sont éclairantes. Là encore, elles ouvrent sur des siècles de construction de l’unité grecque. Au-delà, l’atmosphère du congrès de Corinthe, où les Grecs devaient s’entendre sur une politique et une stratégie commune pour faire face à l’invasion perse, permet une analyse de psychologie humaine fort instructive pour quiconque réfléchit aujourd’hui aux difficultés à dépasser les intérêts nationaux dans l’intérêt commun.

Surtout, les guerres médiques apparaissent dans l’analyse de Peter Green comme un conflit idéologique à la portée historique fondamentale. Deux mondes s’opposent, deux conceptions du pouvoir, de la richesse, de la liberté. Tout ce que représentent les Perses est, pour Green, étranger à la civilisation européenne occidentale à laquelle les Grecs donnent naissance dans ces années cruciales. Le reflux perse après les batailles de Platées et Mycale en 479 av. J.C. marque les limites de l’extension de l’Asie vers l’Europe. Au-delà de l’histoire des guerres médiques, c’est à nos propres origines que nous renvoie finalement l’auteur, aux origines de l’Europe et de la civilisation occidentale. On lui pardonnera aisément des raccourcis parfois un peu trop réducteurs : ce livre a été écrit en Grèce, au début de la dictature des colonels, dans un contexte où une réflexion sur le pouvoir autoritaire ne pouvait être anodine. C’est, d’après lui, son livre le plus sentimentalement lié à son long séjour en Grèce. Peter Green connaît toutes les pierres de la plaine de Marathon, tous les mauvais tours que le meltem joue aux marins dans le détroit de l’Euripe, tous les dangers de la navigation dans les Cyclades au printemps. Il a su saisir, pour nous la faire partager, un peu de cette âme grecque éternelle sans laquelle nous ne serions pas tout à fait ce que nous sommes.

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