Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Warhol, de l'image à l'icône
[mardi 31 mars 2009 - 05:00]
Histoire de l’art
Couverture ouvrage
Warhol à son image
Alain Cueff
Éditeur : Flammarion
241 pages / 21,85 € sur
Résumé : Une étude bien menée qui se propose de donner au portrait artificiel et faussé de l’artiste, une dimension plus authentique et "byzantine".
Page  1  2  3 

À l’image de ses sérigraphies, le travail d’Andy Warhol, à l’honneur ces jours-ci, se répète, tel un motif, dans l’ensemble de la capitale. "Warhol TV" à la Maison Rouge et "Le Grand monde d’Andy Warhol" au Grand Palais dévoilent, ainsi que chacun des panneaux de ses polyptiques face à l’objet représenté, non pas une image répétitive et monotone de son œuvre, mais une approche plurale et diversifiée qui met en avant à la fois les créations télévisuelles de l’artiste, souvent méconnues du public et ses séries de portrait dont la notoriété dépare parfois leur portée idéologique. Représentés, reproduits, exhibés encore et encore, les portraits de Warhol dressent le tableau d’une société toute entière où stars de cinéma et de la musique, artistes, collectionneurs, hommes politiques, couturiers… trônent sans limites. Connues, bien connues, trop connues peut-être d’ailleurs, il semble difficile aujourd’hui d’échapper à certaines de ces toiles ; en témoigne l’entêtante série des Marilyn dont notre société de consommation a si bien su tirer profit.

Replaçant le portrait au centre de l’opus warholien, Alain Cueff, commissaire de l’exposition du Grand Palais, s’évertue à montrer l’influence de "la culture byzantine-catholique" chez Warhol. Timidement exposée dans la rétrospective présentée au Grand Palais, cette théorie est plus largement développée dans son essai intitulé Warhol à son image.


Au-delà de l’image, Warhol

L’essai d’Alain Cueff et l’exposition du Grand Palais fonctionnent en diptyque : la thèse avancée par l’auteur tire son origine des portraits de Warhol qui se dévoilent alors, à la lecture de l’ouvrage, sous un jour nouveau. Disposant, pour étayer son propos, de deux supports d’expression, Alain Cueff instaure un dialogue permanent entre ces derniers. Il invite ainsi le lecteur/spectateur à aller et venir entre théorie et pratique, écriture et peinture. Les illustrations présentées dans Warhol à son image présentent essentiellement des documents reliant l’œuvre de Warhol à la culture byzantine, et très peu de portraits réalisés par l’artiste - la collection exposée au Grand Palais suffisant très largement à illustrer certains des propos de l’auteur.

Célèbre, très vite porté au rang de star, provocateur, Andy Warhol n’a eu de cesse de proposer, à une société qui le lui demandait, une image faussée, construite sur des malentendus, des mensonges et une ironie permanente. Aussi erroné soit-il, ce portrait, dont l’artiste n’avait que faire, doit être pris en compte, analysé et dépassé, pour que l’œuvre de Warhol se révèle dans toute son authenticité ; tel est le parti pris d’Alain Cueff qui n’a de cesse de prodiguer, tout au long de son ouvrage, la prudence et la prise de recul face à la duplicité sans bornes de l’artiste.


Quand la Belle Nature et l’art commercial se confondent

L’imitation de la nature est un fondement esthétique et pictural qui a perduré pendant des siècles. Lorsqu’en 1699, Roger de Piles, dans L’Idée du Peintre parfait, définissait la peinture comme "un art qui par le moyen du dessin et de la couleur imite sur une superficie plate tous les objets visibles", il ne faisait qu’asseoir un précepte déjà établi. Les œuvres d’Andy Warhol, tout du moins celles du début des années 1960, ainsi que le précise Alain Cueff, s’inscrivent, non sans une certaine ironie, dans cette tradition picturale. Seule différence, l’image d’une nature idéalisée et parfaite a disparu, laissant sa place à une représentation moins embellie, reflet d’une société de consommation. "L’art commercial, disait Roy Lichtenstein, n’est pas notre art, c’est notre sujet et, dans ce sens, il est "la nature"." 

Titre du livre : Warhol à son image
Auteur : Alain Cueff
Éditeur : Flammarion
Date de publication : 18/03/09
N° ISBN : 2081222981
Page  1  2  3 
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

1 commentaire

Avatar

Bret

31/03/09 12:03
Voilà une critique intéressante et documentée ! On aimerait parcourir quelques pages de plus.... En tout cas, cela donne envie de parcourir l'ouvrage d'Alain Cueff, en espérant y retrouver le même tempo !

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici