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Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes. 
Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.
nonfiction.fr : Michèle Lamont, vous êtes professeur de sociologie à Harvard et venez de publier How Professors Think. Inside the Curious World of Academic Judgment (Harvard University Press, 2009). Comment s'établit l'évaluation de la recherche dans le modèle américain ?
Michèle Lamont : J'ai étudié l'évaluation de demandes de subventions octroyées aux étudiants et aux professeurs qui font de la recherche. Il y a plusieurs étapes. L'organisme qui distribue les subventions emploie des agents de programme dont la mission consiste tout d’abord à identifier les évaluateurs appropriés : ils s’en acquittent notamment par une ample consultation des membres du conseil de l'organisme, d'anciens évaluateurs, et de réseaux d'experts reconnus dans le domaine. Les évaluateurs sont finalement choisis parce qu'ils ont eux-mêmes un parcours universitaire de haut niveau (en termes de qualité et quantité de leurs publications) et parce qu'ils ont une bonne réputation, ayant démontré par le passé un sens de l’équité. De plus, ils savent comment se comporter pendant les délibérations. Par exemple, ils savent écouter, et ils respectent les règles informelles d'évaluation que je décris dans mon livre : le pluralisme méthodologique, la souveraineté de chaque discipline, la nécessité de s’abstenir lorsqu’ils ont un lien professionnel ou personnel avec le candidat, etc. Ce système est possible parce qu'il s'inscrit dans une longue tradition, fortement institutionnalisée : les universitaires savent ce que l'on attend d'eux dans une situation d'évaluation, et comment ils doivent se comporter s'ils ne veulent pas être discrédités. Bien sûr, comme je le souligne également, ce système est loin d'être parfait : il y a des échanges de faveurs et les évaluateurs ont tendance à favoriser les travaux qui ressemblent à leurs propres recherches. Cependant, les évaluateurs que j'ai étudiés croient que le système "marche". Ils croient aussi qu'il n'y a pas de meilleure alternative. La majorité d’entre eux sont très critiques a l'égard des indicateurs bibliométriques, qui sont vus comme inadéquats pour de multiples raisons.
nonfiction.fr : En quoi cela tranche-t-il avec le système français actuel ?
Michèle Lamont : Le système français est en transition. Il y a une crise profonde, en partie parce que par le passé, les commissions d'évaluation étaient souvent composées d’un ou plusieurs groupes "affinitaires" dont la légitimité scientifique pouvait être faible, incluant des universitaires proches du politique ou des syndicats, mais qui n'avaient pas toujours un dossier de publications de premier ordre, alors que les chercheurs de pointe pouvaient refuser d’y siéger. Par ailleurs, en France, l'accès à un poste requiert souvent un lobbying préalable qui est humiliant pour le candidat, et qui reproduit des relations de patronage qui sont malsaines et qui vont a l'encontre du développement d'une culture de l'évaluation à même de renforcer la légitimité des universitaires.
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