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critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Une histoire de la psychanalyse ample et sereine
[samedi 28 mars 2009 - 18:00]
Psychanalyse
Couverture ouvrage
Revolution in Mind : The Creation of Psychoanalysis
George Makari
Éditeur : HarperCollins
624 pages / 14,94 € sur
Résumé : Joli succès en anglais, la fluide synthèse de George Makari sur l’histoire du mouvement psychanalytique accorde une large place au contexte socioculturel.
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Joli succès en anglais, la fluide synthèse de George Makari sur l’histoire du mouvement psychanalytique accorde une large place au contexte socioculturel.

Le beau livre de George Makari, qu'on pourrait traduire peut-être par Révolution dans l'esprit : la création de la psychanalyse, a suscité outre atlantique de nombreux commentaires le plus souvent élogieux, mais parfois aussi étonnamment critiques. Car, si la psychanalyse en France reste aussi vivante qu'elle est fragile, et rend coup pour coup à ses adversaires, aux États-Unis, et dans la plupart des pays de langue anglaise, la psychanalyse est plutôt un cadavre que des marginaux se vouent, de façon plus ou moins pathétique, à ranimer. Or, Makari, qui est professeur de psychiatrie dans de prestigieuses institutions new-yorkaises, aborde cette situation de façon étrangement dépassionnée. Tout semble à ses yeux se passer comme si les Freud Wars des années 90, les polémiques contre non seulement la scientificité de la psychanalyse, mais même la sincérité de Freud, étaient à la fois loin derrière lui et complètement digérées. Dans ce vaste panorama, qui court de la naissance de la psychanalyse jusqu’à l’installation des exilés d’Europe aux Etats-Unis à partir de 1943, les influences culturelles, les conditions politiques, les conflits ordinaires de personnes (sans aucune tentative d’en faire des "effets de l’inconscient") prennent plus ou moins le pas sur les relations tumultueuses des individus, les règlements de compte théoriques, ou la volonté des groupes ou des sous-groupes de d’approprier l’authenticité du message de Freud. Makari a livré ainsi une histoire normale de la psychanalyse, qui l’accompagne dans son essor vers la Mitteleuropa, dans son foisonnement des années 1918-1938, et qui donne un goût de cendres à ce qui s’est appelé "psychanalyse" une fois ce monde entièrement détruit.

Un premier trait particulièrement représentatif de sa démarche ne se découvre pourtant que dans les dernières pages de son livre : l'hagiographie freudienne, qui dans les années 1950 a fait dériver la psychanalyse de cet exploit inouï que fut l'auto-analyse de Freud, est resituée dans le contexte particulièrement délicat de l'affrontement entre les psychanalystes exilés d'Europe, qui se considéraient, tel Federn, comme les vrais dépositaires du savoir freudien, et les néo-freudiens américains, comme Rado, aux yeux desquels l'orthodoxie viennoise, berlinoise, ou londonienne, ne comptait strictement pour rien, rapportée à leurs propres exigences de validation empirique et médicale des cures. C'est assurément un tournant dans l'historiographie de la psychanalyse. On sait en effet depuis Mikkel Borch-Jacobsen et Sonu Shamdasani combien l'édification du mythe freudien a joué un rôle crucial dans la diffusion de la psychanalyse  . On sait aussi que la dénonciation de ces erreurs, de ces falsifications, voire des procédés éhontés de son établissement, a joué un rôle non négligeable dans le discrédit scientifique et culturel de la psychanalyse. Makari, lui, propose d’en resituer les enjeux dans la lutte pour la survie d'un petit groupe d’héritiers de Freud sous la contrainte de son nouvel environnement social et intellectuel, au lendemain de l'immense désastre que fut pour les psychanalystes juifs la seconde guerre mondiale. Car c’est de cela qu’il s’agissait : contre le néo-freudisme américain, indifférent aux spéculations métapsychologiques, et soucieux de fondre la psychanalyse dans le mouvement de l’hygiène mentale et de la psychiatrie universitaire, légitimer l’héroïsme personnel du fondateur et en faire un géant de la pensée en suscitant autour de lui un véritable culte. L’entreprise biographique de Jones, la réécriture systématique de l’histoire de la psychanalyse sur le mode hagiographique, bref, la liquidation de l’histoire au profit du mythe n’aurait donc été, pour Makari, que le choix forcé des exilés viennois arrachés à l’Europe, obligés de faire ressurgir le sens de leurs existences sur un sol ressenti comme hostile. Avec un évident succès, puisque c’est sur ces bases que la psychanalyse va devenir un phénomène culturel américain, un référence pour le cinéma, la littérature, mais aussi l’éducation et les aspirations des individus ordinaires à une vie plus libre. On aurait aimé, bien sûr, que Makari développe davantage. Après tout, c’est un fruit de sa méthode que d’écarter les controverses récentes, où les anti-freudiens soutiennent que la mythologie (en fait, l’imposture) freudienne est consubstantielle à la doctrine elle-même. Makari offre une explication plus sociologique de la solidarité d’un milieu dans la propagation du mythe. Mais il interrompt son analyse aux prémisses de la transformation de la psychanalyse en fait de société, alors qu’il permettait d’imaginer comment sa diffusion pourrait tout de même autre chose qu’une sorte d’illusion collective aberrante.

Titre du livre : Revolution in Mind : The Creation of Psychoanalysis
Auteur : George Makari
Éditeur : HarperCollins
Date de publication : 30/11/99
N° ISBN : 0061346624
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