On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

L’enquête de Zoia et Visier sur la distribution des élèves à l’entrée des collèges de l’agglomération de Montpellier renouvelle la perception de la question de la carte scolaire, un sujet qu’on pouvait croire épuisé tant étaient nombreuses les études sociologiques et les articles de journaux qui en disaient la même chose. D’abord, l’ouvrage indique justement qu’après la création du collège unique et son ouverture au plus grand nombre, la production de la mixité sociale apparaît comme la nouvelle frontière de l’égalité des chances, et que l’atteinte de cet objectif là dépend des comportements de tous et non pas seulement des décisions du système éducatif – ce qui oblige à tenir compte, pour la construction des politiques publiques, des motivations réelles des familles. Puis, il donne un état des recherches sur les effets de la mixité sur la progression académique des élèves, qui apparaissent ténus (Duru-Bellat, Danner, Le Bastard et Piquée, 2004), alors même que d’autres recherches montrent une différence assez nette de qualité de l’enseignement entre collèges favorisés et défavorisés (Meuret, 1995, Grisay, 1997).
Les auteurs auraient pu, peut être, souligner davantage dans ce chapitre la contradiction entre le grand nombre d’études sur la mixité et le petit nombre d’études sur ses effets et surtout l’absence d’études sur les effets à long terme du fait d’avoir suivi sa scolarité dans un environnement plus ou moins mixte. Nous supposons, en effet, mais nous ne savons pas si les élèves qui ont fait leur scolarité dans un milieu hétérogène sont plus tolérants, plus ouverts, font des mariages moins souvent endogames, ont un cercle d’amis plus bigarré que ceux qui ont fait leur scolarité dans un milieu homogène. De telles recherches sont nécessaires si l’on veut vraiment mettre en place des politiques en faveur de la mixité.
Dans un deuxième chapitre, les auteurs décrivent la distribution des élèves dans les différents collèges, publics et privés, de l’agglomération de Montpellier. Ils montrent un autre paysage que celui que donne à voir la vulgate sociologique. À l’opposition "établissements bourgeois de centre ville /collèges de banlieue" fait place la coexistence de collèges publics relativement mixtes de centre ville, de collèges très populaires des zones urbaines ou périurbaines défavorisées, de collèges favorisés des banlieues résidentielles et d’un collège privé de centre ville qui est un ghetto de riches. Dans le troisième chapitre, ils rendent compte de leurs entretiens avec les responsables administratifs, les chefs d’établissements et les parents d’élèves. Ce sont, en effet, les principaux acteurs du choix du collège, ce qui n’empêche pas de regretter l’absence d’interrogation des élèves eux-mêmes, éternels oubliés des études sur le choix de l’école.
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