Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Les étrangers: miroir de la société bretonne
[jeudi 26 mars 2009 - 10:00]
Histoire
Couverture ouvrage
L'étranger en Bretagne au Moyen Âge. Présence, attitudes, perceptions.
Laurence Moal
Éditeur : Presses universitaires de Rennes (PUR)
437 pages / 20,90 € sur
Résumé : Une thèse solide sur la Bretagne des XIVe-XVe siècles, présentant un point de vue équilibré sur la thématique en vogue des étrangers.
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Il est toutefois regrettable que Laurence Moal n’ait pas toujours traduit dans son écriture les nuances qu’apporte son étude prosopographique et institutionnelle, lui permettant de constater que « la situation sociale ne correspond pas forcément au statut juridique et la vision de l’étranger par les populations n’est pas toujours celle développée par le pouvoir ducal qui répond à des logiques différentes » . Ainsi, il n’y a pas un étranger-type, mais bien des étrangers. Pourquoi intituler ce livre équilibré L’étranger en Bretagne et reprendre le terme d’étranger au singulier lors des passages synthétiques et conclusifs  ? Pourquoi prendre le risque de l’essentialisation des catégories sociales et ethniques utilisées ? Le fait que L. Moal ait consacré une étude liminaire précédant sa thèse aux étrangers dans les chroniques, avant de se tourner vers d’autres sources, est certainement un élément d’explication . On aurait également aimé lire une proposition de chronologie synthétique des évolutions de la situation ou des comportements envers les étrangers.

Si les étrangers rendent plus lisibles les prérogatives du pouvoir qui les rejette ou les recherche , « l’Etat [breton] semble, moins qu’ailleurs, s’être construit sur le rejet de l’autre » , et la société n’est pas majoritairement xénophobe : seule une « hostilité de plume »  des chroniqueurs subsiste. On est donc bien loin de l’âme bretonne éternellement repliée sur elle-même, n’en déplaise aux éventuels thuriféraires actuels d’Ernest Renan….
 

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3 commentaires

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cquertier

05/03/10 23:06
suite à la publication de la recension et au cours d’un dialogue par mail, Laurence Moal a souhaité apporter quelques précisions concernant les critiques scientifiques qui étaient faites à son livre :

P. 2 : sur l’absence de présentation initiale du cadre chronologique breton.

Laurence Moal : Il m’était difficile de rajouter un chapitre sur une histoire rapide du contexte politique du duché, même si je reconnais qu’il aurait été très utile, car il m’a fallu accepter la logique éditoriale avec un nombre de signes à respecter et donc beaucoup de choses à supprimer ! Avec le recul, je regrette tout de même de ne pas avoir intégré un tableau généalogique des ducs de la dynastie Montfort, c’est le genre de détail pratique auquel on ne pense pas quand on est immergé dans un sujet. Il existe par ailleurs des ouvrages très pratiques avec des chronologies synthétiques ((Joël Cornette, Histoire de la Bretagne et des Bretons, tome 1 : des âges obscurs au règne de Louis XIV, Seuil, 2005 ; Histoire de la Bretagne et des pays celtiques, t. II, L’État breton, 1341-1532, Skol Vreizh, 1ère éd. 1987 ; D. Le Page et M. Nassiet, L’union de la Bretagne à la France, Skol Vreizh, 2003)).

Cédric Quertier : Rappelons qu’il s’agit de la publication d’une thèse de doctorat, qui privilégie la divulgation des passages inédits. L’ouvrage s’adresse à un public averti, mais reste tout à fait compréhensible.


P. 4 : pourquoi le choix de « l’étranger » plutôt que « les étrangers » pour le titre ?

Laurence Moal : Le pluriel aurait certes mieux convenu pour une étude sociologique. La dimension politique et idéologique est fondamentale pour le sujet, elle n’apparaît pas seulement dans les chroniques, mais aussi dans les traités diplomatiques, les mandements ducaux, les enquêtes judiciaires, les comptes municipaux… Il ne s’agissait pas pour autant de considérer que l’idée de l’étranger précède la présence, raison pour laquelle j’ai choisi d’évoquer l’étude socio-économique en première partie. Les sources révèlent en fait des interactions constantes entre la représentation, l’idée de l’étranger, et sa réalité ((par exemple p. 165-166, 221)). Paradoxalement, le choix du singulier traduit mieux à mon sens cette diversité des thèmes et la complexité de l’approche. On le trouve d’ailleurs utilisé à plusieurs reprises dans les colloques et séminaires ((L’étranger au Moyen Âge, XXXe congrès de la SHMES, Publ. de la Sorbonne, 2000 ; il est également à l’honneur dans un récent séminaires : « Au risque de l’étranger chez les sociétés littorales : le protéger et s’en protéger », Séminaire d’histoire économique, sociale et maritime, organisé par M. Tranchant et J.-L. Sarrazin, Universités de La Rochelle et de Nantes, 17 octobre 2008)).

Cédric Quertier : L’usage habituel du terme d’étranger pose problème dans la langue française, notamment pour différencier le groupe socio-juridique du concept d’étranger. Je suis pour ma part les sociologues en différenciant l’extranéité pour qualifier le concept d’étranger des étrangers pour qualifier le groupe socio-juridique, en privilégiant le pluriel pour bien insister sur le caractère composite de ce groupe ((En terme de logique, l’extériorité qualifie un objet situé en dehors des limites d’un ensemble ; l’extranéité renvoie à une situation dans laquelle l’objet étudié n’appartient pas en propre à l’ensemble décrit, mais reste situé à l’intérieur de cet ensemble, et en devant se plier à ses règles. Métaphoriquement, on pourrait rapprocher cette situation de la goutte d’huile dans le verre d’eau. Il faut que l’étranger soit connu des autochtones et qu’il gravite dans le territoire qu’ils fréquentent pour pouvoir le qualifier comme tel.)).

Pourquoi n’y a-t-il pas de chronologie synthétique ?

Laurence Moal : Les sources sont très inégales selon les années. Il était difficile de dégager des évolutions significatives concernant le traitement des étrangers par le pouvoir ducal par exemple. En revanche, j’ai abordé depuis l’évolution dans l’utilisation du terme « ennemi » entre le règne de Jean IV (1364-1399) et celui de François II (1458-1488) dans un colloque qui s’est tenu à Lorient ((« Pas de nation sans ennemi ! L’exemple de la Bretagne ducale à la fin du Moyen Âge », Ennemi juré, ennemi naturel, ennemi héréditaire, Colloque international, Programme ANR CONFLIPOL, sous la direction de J. Ulbert et de B. Schmidt, 27, 28, 29 novembre 2008, Université de Bretagne Sud, à paraître)).
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cquertier

05/03/10 23:03
suite à la publication de la recension et au cours d’un dialogue par mail, Laurence Moal a souhaité apporter quelques précisions concernant les critiques scientifiques qui étaient faites à son livre :

P. 2 : sur l’absence de présentation initiale du cadre chronologique breton.

Laurence Moal : Il m’était difficile de rajouter un chapitre sur une histoire rapide du contexte politique du duché, même si je reconnais qu’il aurait été très utile, car il m’a fallu accepter la logique éditoriale avec un nombre de signes à respecter et donc beaucoup de choses à supprimer ! Avec le recul, je regrette tout de même de ne pas avoir intégré un tableau généalogique des ducs de la dynastie Montfort, c’est le genre de détail pratique auquel on ne pense pas quand on est immergé dans un sujet. Il existe par ailleurs des ouvrages très pratiques avec des chronologies synthétiques ((Joël Cornette, Histoire de la Bretagne et des Bretons, tome 1 : des âges obscurs au règne de Louis XIV, Seuil, 2005 ; Histoire de la Bretagne et des pays celtiques, t. II, L’État breton, 1341-1532, Skol Vreizh, 1ère éd. 1987 ; D. Le Page et M. Nassiet, L’union de la Bretagne à la France, Skol Vreizh, 2003)).

Cédric Quertier : Rappelons qu’il s’agit de la publication d’une thèse de doctorat, qui privilégie la divulgation des passages inédits. L’ouvrage s’adresse à un public averti, mais reste tout à fait compréhensible.


P. 4 : pourquoi le choix de « l’étranger » plutôt que « les étrangers » pour le titre ?

Laurence Moal : Le pluriel aurait certes mieux convenu pour une étude sociologique. La dimension politique et idéologique est fondamentale pour le sujet, elle n’apparaît pas seulement dans les chroniques, mais aussi dans les traités diplomatiques, les mandements ducaux, les enquêtes judiciaires, les comptes municipaux… Il ne s’agissait pas pour autant de considérer que l’idée de l’étranger précède la présence, raison pour laquelle j’ai choisi d’évoquer l’étude socio-économique en première partie. Les sources révèlent en fait des interactions constantes entre la représentation, l’idée de l’étranger, et sa réalité ((par exemple p. 165-166, 221)). Paradoxalement, le choix du singulier traduit mieux à mon sens cette diversité des thèmes et la complexité de l’approche. On le trouve d’ailleurs utilisé à plusieurs reprises dans les colloques et séminaires ((L’étranger au Moyen Âge, XXXe congrès de la SHMES, Publ. de la Sorbonne, 2000 ; il est également à l’honneur dans un récent séminaires : « Au risque de l’étranger chez les sociétés littorales : le protéger et s’en protéger », Séminaire d’histoire économique, sociale et maritime, organisé par M. Tranchant et J.-L. Sarrazin, Universités de La Rochelle et de Nantes, 17 octobre 2008)).

Cédric Quertier : L’usage habituel du terme d’étranger pose problème dans la langue française, notamment pour différencier le groupe socio-juridique du concept d’étranger. Je suis pour ma part les sociologues en différenciant l’extranéité pour qualifier le concept d’étranger des étrangers pour qualifier le groupe socio-juridique, en privilégiant le pluriel pour bien insister sur le caractère composite de ce groupe ((En terme de logique, l’extériorité qualifie un objet situé en dehors des limites d’un ensemble ; l’extranéité renvoie à une situation dans laquelle l’objet étudié n’appartient pas en propre à l’ensemble décrit, mais reste situé à l’intérieur de cet ensemble, et en devant se plier à ses règles. Métaphoriquement, on pourrait rapprocher cette situation de la goutte d’huile dans le verre d’eau. Il faut que l’étranger soit connu des autochtones et qu’il gravite dans le territoire qu’ils fréquentent pour pouvoir le qualifier comme tel.)).

Pourquoi n’y a-t-il pas de chronologie synthétique ?

Laurence Moal : Les sources sont très inégales selon les années. Il était difficile de dégager des évolutions significatives concernant le traitement des étrangers par le pouvoir ducal par exemple. En revanche, j’ai abordé depuis l’évolution dans l’utilisation du terme « ennemi » entre le règne de Jean IV (1364-1399) et celui de François II (1458-1488) dans un colloque qui s’est tenu à Lorient ((« Pas de nation sans ennemi ! L’exemple de la Bretagne ducale à la fin du Moyen Âge », Ennemi juré, ennemi naturel, ennemi héréditaire, Colloque international, Programme ANR CONFLIPOL, sous la direction de J. Ulbert et de B. Schmidt, 27, 28, 29 novembre 2008, Université de Bretagne Sud, à paraître)).
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Hoel

28/03/09 10:54
Bravo pour cette critique de livre, et pour Non-Fiction.fr, qui s'interresse "sérieusement" à la Bretagne, ce qui est extrèmement rare dans les medias et les officines parisiennes.

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