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Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes. 
Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.

En permettant au public d’accéder à sa thèse de doctorat sur les étrangers en Bretagne , Laurence Moal vient combler les lacunes d’une historiographie française principalement orientée vers les études juridiques et littéraires, ou se limitant à un groupe particulier . Elle détruit toute idée d’une « race celtique » ou d’une « âme bretonne » imperméable aux influences extérieures, jugement pourtant cher à Ernest Renan , et montre au contraire que la principauté bretonne des Monfort (1364-1514) est ouverte, voire recherche la présence des étrangers. Pour parvenir à ce résultat, elle a dû recourir aux sources les plus diverses, des chroniques bretonnes aux actes de l’administration ducale ou municipale (à Rennes et à Nantes), en passant par les comptes des miseurs et les archives judiciaires.
Radiographie de groupe
Les étrangers présents en Bretagne (seulement 3% de femmes enregistrées), d’après son enquête prosopographique portant sur 2603 individus de 1364 à 1514, sont tout d’abord des Anglais (33%), des Français (29%), des Espagnols (15%) avant d’être des Italiens (6%) ou des ressortissants de l’Empire Germanique (6%). Ils ont principalement une activité maritime (40%), avant d’avoir un poste de diplomate ou d’officier (22%), ou encore une activité guerrière (20%). Le duché breton est pleinement inséré dans les échanges européens, entretenant des relations intenses avec les marins anglais des Cornouailles et les marchands espagnols de Galice ou de Biscaye, qui échangent laine et vin, tandis que les marchands de la Hanse viennent en convoi se procurer le sel de la baie de Bourgneuf. Les mercenaires étrangers sont également recrutés pour les besoins des guerres contre l’Angleterre ou la France. Les techniques militaires étant en pleine révolution, cela justifie qu'on paie jusqu’à trois fois plus cher les spécialistes étrangers de la fonte des métaux pour se mettre à niveay . L. Moal souligne bien que certains métiers sont difficilement classables parce qu’ils relèvent de plusieurs catégories à la fois : il faut donc garder à l’esprit que les pourcentages proposés ne sont que des tendances, d’autant plus que la documentation est hétérogène dans le temps et l’espace.
3 commentaires
cquertier
P. 2 : sur l’absence de présentation initiale du cadre chronologique breton.
Laurence Moal : Il m’était difficile de rajouter un chapitre sur une histoire rapide du contexte politique du duché, même si je reconnais qu’il aurait été très utile, car il m’a fallu accepter la logique éditoriale avec un nombre de signes à respecter et donc beaucoup de choses à supprimer ! Avec le recul, je regrette tout de même de ne pas avoir intégré un tableau généalogique des ducs de la dynastie Montfort, c’est le genre de détail pratique auquel on ne pense pas quand on est immergé dans un sujet. Il existe par ailleurs des ouvrages très pratiques avec des chronologies synthétiques ((Joël Cornette, Histoire de la Bretagne et des Bretons, tome 1 : des âges obscurs au règne de Louis XIV, Seuil, 2005 ; Histoire de la Bretagne et des pays celtiques, t. II, L’État breton, 1341-1532, Skol Vreizh, 1ère éd. 1987 ; D. Le Page et M. Nassiet, L’union de la Bretagne à la France, Skol Vreizh, 2003)).
Cédric Quertier : Rappelons qu’il s’agit de la publication d’une thèse de doctorat, qui privilégie la divulgation des passages inédits. L’ouvrage s’adresse à un public averti, mais reste tout à fait compréhensible.
P. 4 : pourquoi le choix de « l’étranger » plutôt que « les étrangers » pour le titre ?
Laurence Moal : Le pluriel aurait certes mieux convenu pour une étude sociologique. La dimension politique et idéologique est fondamentale pour le sujet, elle n’apparaît pas seulement dans les chroniques, mais aussi dans les traités diplomatiques, les mandements ducaux, les enquêtes judiciaires, les comptes municipaux… Il ne s’agissait pas pour autant de considérer que l’idée de l’étranger précède la présence, raison pour laquelle j’ai choisi d’évoquer l’étude socio-économique en première partie. Les sources révèlent en fait des interactions constantes entre la représentation, l’idée de l’étranger, et sa réalité ((par exemple p. 165-166, 221)). Paradoxalement, le choix du singulier traduit mieux à mon sens cette diversité des thèmes et la complexité de l’approche. On le trouve d’ailleurs utilisé à plusieurs reprises dans les colloques et séminaires ((L’étranger au Moyen Âge, XXXe congrès de la SHMES, Publ. de la Sorbonne, 2000 ; il est également à l’honneur dans un récent séminaires : « Au risque de l’étranger chez les sociétés littorales : le protéger et s’en protéger », Séminaire d’histoire économique, sociale et maritime, organisé par M. Tranchant et J.-L. Sarrazin, Universités de La Rochelle et de Nantes, 17 octobre 2008)).
Cédric Quertier : L’usage habituel du terme d’étranger pose problème dans la langue française, notamment pour différencier le groupe socio-juridique du concept d’étranger. Je suis pour ma part les sociologues en différenciant l’extranéité pour qualifier le concept d’étranger des étrangers pour qualifier le groupe socio-juridique, en privilégiant le pluriel pour bien insister sur le caractère composite de ce groupe ((En terme de logique, l’extériorité qualifie un objet situé en dehors des limites d’un ensemble ; l’extranéité renvoie à une situation dans laquelle l’objet étudié n’appartient pas en propre à l’ensemble décrit, mais reste situé à l’intérieur de cet ensemble, et en devant se plier à ses règles. Métaphoriquement, on pourrait rapprocher cette situation de la goutte d’huile dans le verre d’eau. Il faut que l’étranger soit connu des autochtones et qu’il gravite dans le territoire qu’ils fréquentent pour pouvoir le qualifier comme tel.)).
Pourquoi n’y a-t-il pas de chronologie synthétique ?
Laurence Moal : Les sources sont très inégales selon les années. Il était difficile de dégager des évolutions significatives concernant le traitement des étrangers par le pouvoir ducal par exemple. En revanche, j’ai abordé depuis l’évolution dans l’utilisation du terme « ennemi » entre le règne de Jean IV (1364-1399) et celui de François II (1458-1488) dans un colloque qui s’est tenu à Lorient ((« Pas de nation sans ennemi ! L’exemple de la Bretagne ducale à la fin du Moyen Âge », Ennemi juré, ennemi naturel, ennemi héréditaire, Colloque international, Programme ANR CONFLIPOL, sous la direction de J. Ulbert et de B. Schmidt, 27, 28, 29 novembre 2008, Université de Bretagne Sud, à paraître)).
cquertier
P. 2 : sur l’absence de présentation initiale du cadre chronologique breton.
Laurence Moal : Il m’était difficile de rajouter un chapitre sur une histoire rapide du contexte politique du duché, même si je reconnais qu’il aurait été très utile, car il m’a fallu accepter la logique éditoriale avec un nombre de signes à respecter et donc beaucoup de choses à supprimer ! Avec le recul, je regrette tout de même de ne pas avoir intégré un tableau généalogique des ducs de la dynastie Montfort, c’est le genre de détail pratique auquel on ne pense pas quand on est immergé dans un sujet. Il existe par ailleurs des ouvrages très pratiques avec des chronologies synthétiques ((Joël Cornette, Histoire de la Bretagne et des Bretons, tome 1 : des âges obscurs au règne de Louis XIV, Seuil, 2005 ; Histoire de la Bretagne et des pays celtiques, t. II, L’État breton, 1341-1532, Skol Vreizh, 1ère éd. 1987 ; D. Le Page et M. Nassiet, L’union de la Bretagne à la France, Skol Vreizh, 2003)).
Cédric Quertier : Rappelons qu’il s’agit de la publication d’une thèse de doctorat, qui privilégie la divulgation des passages inédits. L’ouvrage s’adresse à un public averti, mais reste tout à fait compréhensible.
P. 4 : pourquoi le choix de « l’étranger » plutôt que « les étrangers » pour le titre ?
Laurence Moal : Le pluriel aurait certes mieux convenu pour une étude sociologique. La dimension politique et idéologique est fondamentale pour le sujet, elle n’apparaît pas seulement dans les chroniques, mais aussi dans les traités diplomatiques, les mandements ducaux, les enquêtes judiciaires, les comptes municipaux… Il ne s’agissait pas pour autant de considérer que l’idée de l’étranger précède la présence, raison pour laquelle j’ai choisi d’évoquer l’étude socio-économique en première partie. Les sources révèlent en fait des interactions constantes entre la représentation, l’idée de l’étranger, et sa réalité ((par exemple p. 165-166, 221)). Paradoxalement, le choix du singulier traduit mieux à mon sens cette diversité des thèmes et la complexité de l’approche. On le trouve d’ailleurs utilisé à plusieurs reprises dans les colloques et séminaires ((L’étranger au Moyen Âge, XXXe congrès de la SHMES, Publ. de la Sorbonne, 2000 ; il est également à l’honneur dans un récent séminaires : « Au risque de l’étranger chez les sociétés littorales : le protéger et s’en protéger », Séminaire d’histoire économique, sociale et maritime, organisé par M. Tranchant et J.-L. Sarrazin, Universités de La Rochelle et de Nantes, 17 octobre 2008)).
Cédric Quertier : L’usage habituel du terme d’étranger pose problème dans la langue française, notamment pour différencier le groupe socio-juridique du concept d’étranger. Je suis pour ma part les sociologues en différenciant l’extranéité pour qualifier le concept d’étranger des étrangers pour qualifier le groupe socio-juridique, en privilégiant le pluriel pour bien insister sur le caractère composite de ce groupe ((En terme de logique, l’extériorité qualifie un objet situé en dehors des limites d’un ensemble ; l’extranéité renvoie à une situation dans laquelle l’objet étudié n’appartient pas en propre à l’ensemble décrit, mais reste situé à l’intérieur de cet ensemble, et en devant se plier à ses règles. Métaphoriquement, on pourrait rapprocher cette situation de la goutte d’huile dans le verre d’eau. Il faut que l’étranger soit connu des autochtones et qu’il gravite dans le territoire qu’ils fréquentent pour pouvoir le qualifier comme tel.)).
Pourquoi n’y a-t-il pas de chronologie synthétique ?
Laurence Moal : Les sources sont très inégales selon les années. Il était difficile de dégager des évolutions significatives concernant le traitement des étrangers par le pouvoir ducal par exemple. En revanche, j’ai abordé depuis l’évolution dans l’utilisation du terme « ennemi » entre le règne de Jean IV (1364-1399) et celui de François II (1458-1488) dans un colloque qui s’est tenu à Lorient ((« Pas de nation sans ennemi ! L’exemple de la Bretagne ducale à la fin du Moyen Âge », Ennemi juré, ennemi naturel, ennemi héréditaire, Colloque international, Programme ANR CONFLIPOL, sous la direction de J. Ulbert et de B. Schmidt, 27, 28, 29 novembre 2008, Université de Bretagne Sud, à paraître)).
Hoel