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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Jean-Marie Messier : la crise du Moi
[mardi 24 mars 2009 - 09:00]
Finance
Couverture ouvrage
Le jour où le ciel nous est tombé sur la tête
Jean-Marie Messier
Éditeur : Seuil
326 pages / 19,95 € sur
Résumé : Au-delà d’un récit de la crise financière sans grande cohérence, une apologie du charisme managérial.
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 Au comptoir du Crillon avec Jean-Marie

Quel intérêt à lire le livre de Jean-Marie Messier pour qui prétend de bonne foi progresser dans la compréhension de la crise financière ? Si tant est que vous soyez assez peu bienveillant envers J2M pour vous poser cette question au moment d’extraire le volume de son présentoir, la lecture de la quatrième de couverture vous décidera probablement de passer définitivement votre chemin. La première phrase affiche en majuscules : « Vivant et visionnaire. Tel est ce livre, indispensable pour comprendre la crise et savoir comment en sortir ». Jean-Marie aimerait introduire sa contribution, mais il n’arrive pas à contenir son ego au-delà du premier mot. L’ouvrage pourrait être un récit d’insider comme les autres, avec les forces et faiblesses du genre, mais il souffre de cette malformation congénitale de glisser constamment de la crise vue par à la crise ramenée à Jean-Marie Messier. Cela en fait un document d’une grande valeur biographique, mais présente le défaut de nuire gravement à la rigueur de l’analyse. Comment Jean-Marie Messier atteste-t-il par exemple son expertise ? Tout le monde le sait, la crise actuelle est celle de la « finance virtuelle » (p.49) aux mains de traders rendus à la fois incontrôlables et tout-puissants par la puissance d’Internet. Seulement, l’on se rend compte que les opérations totalement virtuelles qui ont lieu sur les marchés financiers se répercutent sur l’économie réelle. N’y aurait-il pas là une forme de convergence entre virtuel et réel ? Et puisque l’on parle de beaucoup d’argent, de gens puissants, de patrons dans le feu de l’action, d’Internet et pourquoi pas de convergence, qui de mieux placé que le prophète maudit de la convergence numérique tombé seul contre tous pour avoir eu « raison trop tôt » pour « élucider les faits les plus mystérieux » et « nous ouvrir les portes du monde de demain » ? Heureusement que cet homme providentiel a fait le choix du sacrifice personnel en quittant sa retraite pour offrir au public son analyse !
 
On l’aura compris, Jean-Marie Messier n’est pas avare de raccourcis discutables, pas plus que de métaphores plus sensationnalistes qu’explicatives (voir la propagation des déséquilibres financiers comme « effet sras »). Le livre oscille entre la conversation informelle avec un intime des grands de ce monde et le café du commerce, comme lors de tentatives désarmantes d’explication des réactions des gouvernements à la crise par les types nationaux ou les supposés caractères individuels (les Américains fier-à-bras, Angela Merkel psychorigide car est-allemande, Gordon Brown pragmatique, Nicolas Sarkozy « gaulois » et Vladimir Poutine « slave »). L’auteur n’est pourtant pas dénué de toute qualité littéraire. Il cultive remarquablement l’art du double sens : quand il évoque longuement les tribulations de Richard Fuld, patron de Lehman, autre vaincu superbe, ce n’est que pour mieux peindre en creux les affres de son injuste déchéance. Mais le flou artistique est si savamment entretenu que le lecteur en vient parfois à se demander si les dialogues rapportés, les anecdotes qui pourraient faire toute la valeur du témoignage ne relèvent pas tout simplement de l’affabulation. Jean-Marie Messier semble souvent se fantasmer dans les autres. Problématique quand l’on prêche le « retour au réel »…
 
Trop à son souci de captiver le lecteur, le récit de la crise reste largement une suite d’anecdotes et de focus sans fil directeur. De plus, malgré l’histrionisme assumé de l’auteur, qui ne prétend pas faire œuvre d’économiste et dont on peut attendre en retour quelque originalité, le gros du diagnostic ne tranche pas franchement avec l’air du temps. Retour donc à la question initiale : que retenir de ce livre, toutes considérations comico-psychanalytiques à part ?

Titre du livre : Le jour où le ciel nous est tombé sur la tête
Auteur : Jean-Marie Messier
Éditeur : Seuil
Date de publication : 15/01/09
N° ISBN : 2020994925
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