On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Auteur d'une oeuvre plurielle structurée autour de trois axes, droit constitutionnel et parlementaire, histoire des idées politiques et littérature, Yves Guchet se voit ici dédié un ouvrage qui ne l'est pas moins. Mélanges épars où la dédicace semble parfois simple prétexte à un étalage sans unité, ces quelques 650 pages paru en décembre 2008 aux édition Bruylant ont toutefois le mérite d'offrir un éclairage multiple sur la science juridique, le maître mot étant annoncé dès la préface : pluridisciplinarité. Structuré en quatre parties , la lecture de cet ouvrage est l'occasion tant de décrypter par le prisme juridique des disciplines telles que la littérature ou l'histoire que de réinterpréter le droit à la lumière de la sociologie de l'histoire des idées ou encore des sciences politiques. On notera au passage pour leur qualité, la description du système juridique sadien par François Ost ou encore la réflexion approfondie de Xavier Guchet sur la biométrie, qui, rejetant les angoisses usuelles à l'égard du fichage et de l'oppression technologique, s'inspire de Jacques Ellul, maître à penser d'Yves Guchet, Hannah Arendt et Michel Foucault pour considérer le nouveau rapport au monde et au politique qu'implique cette nouvelle technique. Une recension intégrale de chaque article étant toutefois malaisée, deux fils conducteurs introduiront ici le lecteur à ces Mélanges.
"Une histoire fictive, sous hautes contraintes juridiques"
L'histoire tient ainsi une place particulièrement importante dans l'ouvrage et questionne le rapport du droit au temps, temps fictif ou temps réel. Dans un article court et percutant, Eric Desmons déplace le débat historique consécutif à la promulgation des lois mémorielles sur le terrain du droit pénal . Que peut bien signifier une loi à vocation répressive dès lors que crime et criminels appartiennent au passé ? La loi Taubira du 21 mai 2001 qualifiant de crime contre l'humanité la traite pepétrée par la France à partir du XVe siècle contribue à forger un droit intertemporel punissant des crimes intertemporels, forme de vendetta moderne.
Une telle loi participe pour l'auteur d'une tendance à l'extension du droit pénal au delà du temps – sanctionnant le crime passé comme le crime futur, ainsi de la loi du 6 août 2004 condamnant le clônage reproductif et portant la notion de crime contre l'espèce humaine – et des frontières avec la création récente de la Cour pénale internationale et le développement d'une compétence universelle pour les crimes les plus graves.
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