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Le président de la République a soulevé une montagne, elle retombe sur lui. En lançant l'offensive contre les Roms, le gouvernement français croyait régler à son avantage électoral un problème de simple police de frontières et de réglementation municipale. Enorme erreur. La question des Roms n'est pas de sécurité policière ou sociale, mais d'abord de sécurité mentale. 
André Glucksmann, Le Monde, 31 août 2010.

S’éloignant des terres orientales pour un temps, Henry Laurens, titulaire de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France, propose une étude sur la notion d’impérialisme, non pas « dans l’histoire », comme le dit le sous-titre, mais dans celle que connaît Henry Laurens, l’histoire contemporaine. L’objet du livre est de montrer à quel point les détracteurs de l’empire ont échoué à décrire le projet impérial au cours des différentes phases impérialistes du XIXe et du XXe siècles. Mais, ce faisant, l’auteur a davantage tendance à décrire l’évolution du projet impérial qu’à confronter cette évolution au discours des anti-impérialistes.
Si, dès son introduction, Henry Laurens prend le soin de différencier l’empire de l’impérialisme, c’est, malgré le titre de son ouvrage, à la seconde de ces notions qu’il consacre son étude, en rappelant fort utilement les définitions que Schumpeter et Schmitt lui donnaient. Une partie de l’argument de cet essai repose sur les tensions et les interactions entre impérialisme et capitalisme, en raison de la critique léniniste selon laquelle la guerre impérialiste est le stade suprême du capitalisme. L’impérialisme du libre-échange tel qu’il se développe dès le milieu du XIXe siècle se fonde une politique de force au profit d’intérêts économiques, ce qui ne nécessite pas de conquête territoriale ; les facteurs primordiaux sont les réseaux de transport (et leur sécurité) et la gestion locale. Mais à côté de cet impérialisme existe une colonisation non fondée sur des principes économiques, mais culturels.
Ainsi, la fin de l’expansion coloniale, qui correspond à la Première Guerre mondiale, se caractérise par l’apparition d’une élite locale, le renforcement de l’appareil sécuritaire colonial et le renforcement de la cohésion nationale de la métropole où les différences juridiques sont estompées, alors qu’elles sont encore bien présentes dans les colonies. Du côté des peuples colonisés, la colonisation a fourni une base identitaire, mais à partir de grilles de lecture erronées puisqu’européennes. Celles-ci divergent par ailleurs selon que la colonisation est britannique ou française. La première impose une vision raciale aux rapports sociaux, sous l’argument d’un respect de la différence. La seconde, inspirée par le discours du colonisateur civilisateur, implique une assimilation culturelle (mais pas juridique). Mais ni l’une ni l’autre ne sont à l’origine du totalitarisme, et sur ce point Henry Laurens s’oppose à la pensée d’Hannah Arendt.
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