Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
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S’éloignant des terres orientales pour un temps, Henry Laurens, titulaire de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France, propose une étude sur la notion d’impérialisme, non pas « dans l’histoire », comme le dit le sous-titre, mais dans celle que connaît Henry Laurens, l’histoire contemporaine. L’objet du livre est de montrer à quel point les détracteurs de l’empire ont échoué à décrire le projet impérial au cours des différentes phases impérialistes du XIXe et du XXe siècles. Mais, ce faisant, l’auteur a davantage tendance à décrire l’évolution du projet impérial qu’à confronter cette évolution au discours des anti-impérialistes.
Si, dès son introduction, Henry Laurens prend le soin de différencier l’empire de l’impérialisme, c’est, malgré le titre de son ouvrage, à la seconde de ces notions qu’il consacre son étude, en rappelant fort utilement les définitions que Schumpeter et Schmitt lui donnaient. Une partie de l’argument de cet essai repose sur les tensions et les interactions entre impérialisme et capitalisme, en raison de la critique léniniste selon laquelle la guerre impérialiste est le stade suprême du capitalisme. L’impérialisme du libre-échange tel qu’il se développe dès le milieu du XIXe siècle se fonde une politique de force au profit d’intérêts économiques, ce qui ne nécessite pas de conquête territoriale ; les facteurs primordiaux sont les réseaux de transport (et leur sécurité) et la gestion locale. Mais à côté de cet impérialisme existe une colonisation non fondée sur des principes économiques, mais culturels.
Ainsi, la fin de l’expansion coloniale, qui correspond à la Première Guerre mondiale, se caractérise par l’apparition d’une élite locale, le renforcement de l’appareil sécuritaire colonial et le renforcement de la cohésion nationale de la métropole où les différences juridiques sont estompées, alors qu’elles sont encore bien présentes dans les colonies. Du côté des peuples colonisés, la colonisation a fourni une base identitaire, mais à partir de grilles de lecture erronées puisqu’européennes. Celles-ci divergent par ailleurs selon que la colonisation est britannique ou française. La première impose une vision raciale aux rapports sociaux, sous l’argument d’un respect de la différence. La seconde, inspirée par le discours du colonisateur civilisateur, implique une assimilation culturelle (mais pas juridique). Mais ni l’une ni l’autre ne sont à l’origine du totalitarisme, et sur ce point Henry Laurens s’oppose à la pensée d’Hannah Arendt.
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