Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Lectures enfantines
[jeudi 19 mars 2009 - 05:00]
Littérature
Couverture ouvrage
Seuls les enfants savent lire
Michel Zink
Éditeur : Tallandier
Résumé : Sautant à cloche-pied d'un souvenir livresque à l'autre, Michel Zink revient sur ses jeunes découvertes.
Page  1  2 

Dans Seuls les enfants savent lire, Michel Zink dévoile les prémisses de son parcours d'érudit. Candeur, éclectisme et saveur guident les choix d'un enfant qui sera ainsi emporté en Lecture.

"Les résumés sont injustes, car ils ont un ton de supériorité. Ils prétendent savoir ce qui est important dans le livre mieux que le livre lui-même. Ils font bon marché de tout ce à quoi l'auteur a employé sa peine. Ils affectent une voix neutre et égale qui écrase sous l'ennui blasé ce qu'il y a de plus palpitant et de plus émouvant." 

Voilà qui est dit. Figure d'érudition, référence sur la littérature du Moyen-âge, éminent professeur du Collège de France depuis ses débuts d'assistant à la Sorbonne en 1968 (où il deviendra professeur), Michel Zink n'a de cesse de promouvoir et d'éclairer histoire et réception de la littérature médiévale autant à l'attention de ses confrères-chercheurs que du grand public. Seront ainsi revisités et sortis de l'ombre les chansons de toile, Rutebeuf, Froissart. Lire sa leçon inaugurale au Collège de France permettra de découvrir ses thèmes de prédilection et son inscription dans l'exégèse médiévale.

Invitons pourtant le lecteur à le suivre dans cette promenade toute en finesse, en modestie, en enfance : Seuls les enfants savent lire. L'enjeu de cette flânerie, bien plus dense qu'elle ne s'annonce, s'avérera des plus ambitieuses : "Mais je ne parle ici ni des lectures ni des goûts obligés de l'enfance, pas plus que je ne m'astreins à faire l'inventaire de toutes mes propres lectures. Je parle de celles qui résonnent encore suffisamment en moi pour m'aider à me mettre à l'école de l'enfant que j'ai été." 

Hors de tout diktat, de tout précepte didactique, nous voici donc à la poursuite de ce sésame que chacun d'entre nous a un jour happé entre quelques pages, sinon nous ne serions sûrement jamais retrouvés, ici, sur ces pages même virtuelles. Sésame un jour offert, chéri, entretenu : le plaisir de lire. Sésame trop souvent égaré par de jeunes élèves qui quitteront les bancs de l'école sans plus goûter le livre. Se repérant par ses premières lectures, Michel Zink tente de tracer les étapes, d'autant plus fugaces qu'elles pourraient sembler incongrues, qui jalonnent l'entrée en littérature.

Le plaisir, premier ingrédient qui attirera tout enfant. Cette saveur immédiate, loin d'un choix quelconque, ni raisonné, ni raisonnable, loin de la soi-disant "grande" littérature, cachée dans une illustration, une odeur de vieux papier un peu humide, une maison aimée. Tout fera lit pour s'y délecter d'un livre. Et lorsque l'enfant plonge, il perd toute pitié pour sa proie, il savoure sans scrupule : "Telle est pourtant la minutie d'une lecture enfantine. Au reste, le ressassement de ces pauvretés engendre sa propre poésie." 

Au fil de ce retour en temps béni d'enfance, sur cette carte du tendre, nous suivons l'amoureux es littérature en herbe jusqu'aux régions liminaires et magiques du conte. "De toute la littérature universelle, rien qui soit plus lié à l'enfance que les contes, et rien dont on soit plus impérieusement sommé de donner une interprétation savante." 

Au-delà de ces "interprétations", le conte emmène l'enfant jusqu'à la source poétique du langage, à son essence, celle-là même que le médiéviste poursuivra avec assiduité et acuité bien des années plus tard. Ne nous y trompons pas. Ce plaisir-ci ne surfe pas sur les rives de notre civilisation, il n'est pas divertissement, il immerge radicalement dans la vie. Si l'adoubement sans condition qui a offert toutes les aventures imaginaires comme de la réalité, nous pousse aujourd'hui, nous, piètres adultes, à sourire, c'est que nous avons oublié au combien il a propulsé l'enfant dans l'univers multiple, dense et salvateur des livres.

Titre du livre : Seuls les enfants savent lire
Auteur : Michel Zink
Éditeur : Tallandier
Date de publication : 30/11/99
N° ISBN : 2847343539
Page  1  2 
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

Aucun commentaire

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici