Quand vous avez vu effectivement des paysans pendus à leurs chambranles par leurs propres tripes sous les couteaux de jeunes ukrainiens engagés dans l’armée allemande, et que vous revenez trois mois plus tard au lycée Carnot et dans une famille où il y a un valet de chambre qui sert à table et où il manque simplement quelques membres de la famille qui sont morts ici ou là, il y a en effet un décalage complet entre ce que vous avez vécu et la vie normale. 
Pierre Nora, France Inter, le 25 janvier 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

Maryvonne de Saint-Pulgent est haut fonctionnaire, présidente du comité d’histoire du ministère de la Culture et présidente de l’Opéra Comique. Elle a été directrice du patrimoine de 1993 à 1997. Elle est une spécialiste reconnue des politiques culturelles. Son remarquable ouvrage publié en 1999 intitulé Le Gouvernement de la culture, constitue une analyse rigoureuse et sans complaisance de la politique culturelle de l’État. À l’occasion du cinquantenaire du ministère de la Culture, la collection Découvertes des éditions Gallimard lui a confié la tâche de faire connaître à un public plus large l’histoire de ce ministère prestigieux et singulièrement français. Le résultat est une réussite.
L’ouvrage parvient à présenter un large panorama historique en problématisant les principaux enjeux sur lesquels s’est construit le ministère, tout en ouvrant des perspectives vers les questions d’avenir. Il propose une richesse iconographique qui a fait le succès de la collection, en montrant le foisonnement de l’action de ce ministère et ses différentes composantes. Les cinq chapitres qui composent le livre correspondent chacun aux grands enjeux de la politique culturelle étatique - hormis le premier qui retrace la genèse du ministère.
Un héritage ambivalent qui fait de la politique culturelle, une politique "contradictoire"
L’auteure rappelle dans son premier chapitre intitulé "Un ministère longtemps désiré" que la création d’un ministère de plein exercice pour la culture était une revendication ancienne des milieux artistiques. Son périmètre n’a depuis lors cessé de s’élargir pour devenir "culture et communication". Modèle certes "controversé" mais néanmoins copié, il peine désormais à s’adapter aux évolutions du monde contemporain. On comprend clairement, grâce à la construction du livre et à la mise en perspective historique de l’auteure, les contradictions de la politique culturelle française qui, d’un côté, prolonge l’héritage du mécénat royal, décrit dans le premier chapitre, aboutissant ainsi à un "ministère des artistes" prisonnier du clientélisme, et d’un autre côté l’héritage des Lumières avec l’ambition de démocratisation de l’art et des pratiques culturelles. Autre tension, celle qui agite la mission patrimoniale (faisant l’objet du 3ème chapitre), qui est le fait de "l’éclatement des identités contemporaines" qui remet en cause la vocation nationale d’une politique du patrimoine, telle qu’elle a été définie par la révolution française. Tout comme le tourisme culturel qui menace la bonne conservation des monuments.
La construction de son ouvrage pointe le double héritage fondateur de ce ministère : le mécénat royal et le projet des Lumières de popularisation de l’accès à l’art et à la culture. Héritage qui a suscité une tension permanente entre la mission de soutien aux artistes et à la création et la mission de soutien aux artistes ayant contribué à construire son prestige, à accroître considérablement l’offre sur notre territoire, mais aussi à l’emprisonner dans une relation clientéliste avec les artistes et les acteurs culturels les plus importants.
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Claudec