On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Après Last Train to Menphis – Le temps de l’innocence (1935-1958), publié en 1994, l’Américain Peter Guralnick raconte la suite et surtout la fin des aventures du King dans Careless Love, Au Royaume de Graceland (1958-1977). Et quelles aventures ! Il en a été dit (et écrit) sur Elvis Presley, s’atteler à une biographie d’exigence exhaustive de cette facture relevait inéluctablement d’un travail titanesque. Guralnick l’a fait, et il était sans doute le mieux placé pour. Né en 1943 à Boston (Massachussets), cet écrivain et journaliste américain fut une des plus belles plumes du Rolling Stone des années 1970 avant de s’attacher aux existences peuplant la musique moderne américaine.
C’est sur ce deuxième tome que l’on saisit l’ampleur et l’importance de cette biographie. Car il ne s’agit plus de raconter le conte de fées qui transforma ce fils d’ouvrier en star interplanétaire. Nous savons déjà qu’Elvis Aaron Presley est né le 8 janvier 1935 dans la bourgade de Tupelo, Mississipi. Qu’il fut très pauvre, puis multi-milliardaire. Qu’il mourut le 16 août 1977 à Memphis. Nous savons aussi qu’il fut le premier rockeur blanc. Qu’il acheta sa résidence Graceland en 1957, et qu’elle devient post-mortem un lieu de pèlerinage aux odeurs de sainteté. Oui, nous en savons beaucoup sur Elvis… et peu à la fois. Son appartenance au panthéon des rock stars du vingtième siècle lui confère une aura pour le moins insaisissable. L’ouvrage de Gurlanick pallie à ce manque de compréhension de « la plus grande voix d’Amérique » – selon un autre mort grandiose, John Lennon.
Il est ici question de revenir sur ces années qui ont fait du King un dieu déchu, et ce à plusieurs reprises: de l’arrivée foudroyante des Beatles à sa soi-disant fausse mort aux barbituriques. « Le récit du déclin inexorable d’Elvis – ce qu’on pourrait presque appeler la disparition d’Elvis Presley tout au long d’une époque – n’est ni simple ni monolithique, prévient Guralick dès les premières pages. Et il se peut que son histoire n’ait pas de plus grande moralité que celle de Job ou qu’Œdipe Roi de Sophocle : il ne faut jamais considérer comme heureux l’homme qui n’en est pas encore au bout du voyage. »
3 commentaires
maria
La rédaction
bonne lecture !
kev
Sinon, je suis plongé dans le tome 2, après avoir dévoré le tome 1. C'est génialissime.