Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
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Brian Hamnet livre ici une synthèse de l’histoire du Mexique sur une période qui court de l’ère précolombienne à l’élection de Felipe Calderón en 2006. Spécialiste du Mexique du XIXe siècle, il fait dans cet ouvrage le pari d'offrir une fresque générale pour un espace et une société qui semblent avoir pris goût aux contradictions et aux paradoxes tout au long de leur histoire.
Cet ouvrage a donc un grand mérite : celui de donner un aperçu aussi complet que possible de l’histoire du Mexique sans rebuter pour autant le lecteur français encore trop peu familiarisé ou intéressé par cette partie du continent américain.
Le livre se compose de neuf chapitres qui s’articulent autour d’une trame chronologique essentiellement politique. L’auteur a fait le choix de la clarté et de la commodité d’une présentation par période sans s’interdire de longs développements sur divers aspects, comme les questions religieuses, ou des phénomènes dont les effets sont trop souvent minorés dans les analyses historiques françaises et plus courantes chez les anglophones. C’est le cas notamment de la dette et de ses répercussions sur le plan politique lorsqu’elle est à l’origine de nombreuses crises économiques et sociales.
La présentation de l’histoire du Mexique reste toujours attrayante car l’auteur semble toujours vouloir prendre à bras le corps les contradictions de la société mexicaine. Comment conjuguer les apports des civilisations précolombiennes avec ceux des conquistadors espagnols lors de l’élaboration d’une conscience nationale au XIXe siècle ? Comment concilier le libéralisme dont se réclamèrent les promoteurs de la Première république (1857-1876) qui supposait l’affranchissement de l’État par rapport à l’Église dans un pays qui abrite le sanctuaire de Notre-Dame-de-Guadalupe et de nombreux pèlerinages ? Comment enfin assurer l’indépendance ou l’autonomie face à un voisin aussi puissant que les États-Unis d’Amérique ?
Brian R. Hamnet tente de répondre à toutes ces questions sans parti pris et sans vision téléologique de l’histoire. Dès lors, l’histoire du Mexique apparaît sinueuse et complexe, marquée par de nombreuses influences souvent opposées entre elles mais qui finalement donnent à ce pays l’originalité qui est la sienne, coincé entre le riche voisin américain et les terres déshéritées d’Amérique centrale.
La réalité de ce pays ne se réduit donc pas à la rébellion du sous-commandant Marcos dans la Chiapas ou aux trafics de drogues sur la frontière nord du pays. Images auxquelles on est souvent tenté – non sans raison – de réduire ce pays. Sans nier ces problèmes, l’auteur livre ici une invitation au voyage et à la découverte d’une société en replaçant son existence dans une perspective du long terme, plus large et donc plus complète.
Dans son chapitre "L’ère précolombienne" , l’auteur dresse un rapide panorama des différentes influences qui marquèrent la Mésoamérique. En insistant sur les originalités de chaque culture qui constituèrent le substrat de la société indienne avant la conquête espagnole, il montre combien cette période marqua l’histoire du Mexique au point de faire l’objet de constantes réécritures jusqu’au XIXe siècle afin de justifier l’émergence d’une nation mexicaine. On suit ainsi pas à pas les apports des cultures olmèque, zapotèque, maya, toltèque et aztèque.
Longtemps la période coloniale qui suivit la conquête espagnole fut considérée comme la continuité de la domination que les Aztèques avaient imposée aux sociétés indiennes préexistantes. Si Octavio Paz défendit lui-même cette idée de la continuité , l’auteur la nuance fortement. En effet, l’exaltation du passé précolombien servit d’abord à assurer l’indépendance vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale espagnole et non pas à faire de la domination de cette dernière la suite logique de celle des Aztèques.
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