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critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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L'introuvable banalité du sujet
[lundi 16 mars 2009 - 05:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Dernières nouvelles du moi
Vincent Descombes, Charles Larmore
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
192 pages / 14,25 € sur
Résumé : Un débat typique de la tradition analytique sur la question su sujet qui fait cependant surtout ressortir les limites d'une certaine philosophie.
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La collection "Essais débat" des PUF propose un ouvrage extrêmement suggestif introduit par Jean-Cassien Billier, et qui met aux prises Vincent Descombes, récent auteur d'une somme critique sur la philosophie du sujet, Le Complément de sujet  et Charles Larmore, le philosophe britannique auquel on doit Les Pratiques du moi((Charles Larmore, Les Pratiques du moi, trad. franç. PUF, Paris, 2004).

La structure de l'ouvrage reflète bien la tradition scolastique dont la philosophie analytique contemporaine est à certains égards l'héritière. Charles Larmore commence par exposer ses conceptions, Vincent Descombes lui répond, et s'ensuit une série de réponses aux réponses, ainsi qu'une conclusion qui réfléchit sur l'ensemble du débat.

On ne saurait dire assez de bien de l'introduction de Jean-Cassien Billier. En une petite trentaine de pages il dresse un tableau remarquablement précis et exhaustif des discussions sur l'identité personnelle dans la philosophie contemporaine "analytique". La version "continentale" de ces débats sur le moi, le je, l'identité personnelle, est extrêmement loin d'avoir le raffinement logique et l'ingéniosité quasi délirante dans les hypothèses, ou plutôt dans les "expériences de pensée", dont se délectent des auteurs comme Derek Parfit, Robert Nozick, Bernard Williams, Stéphane Chauvier, et bien d'autres, dans la digne filiation de Locke. Le recours à la science-fiction la plus débridée est devenue pour ainsi dire une norme de ces discussions. Il s'agit en fait de vérifier jusqu'à quel point nous pouvons faire varier nos intuitions sur ce que nous désignons comme notre identité personnelle, la façon dont notre corps et notre esprit, ou encore notre esprit et notre cerveau vivent, meurent, où se transforment dans les circonstances les plus variées.

Quant au fond du débat entre Descombes et Larmore, il est simple. Le premier tient que la notion traditionnelle de sujet est un non-sens, qui nous empêche de construire une notion simple et modeste de l’agent, le second défend au contraire l'idée que cette notion conserve du sens, mais à la condition de la dépouiller complètement de tous les accessoires métaphysiques qui l’encombrent dans la philosophie traditionnelle. Larmore, ainsi, prend le contre-pied de la vision cartésienne classique selon laquelle le moi a un accès cognitif à lui-même (le cogito). Pour lui, "le rapport a nous-mêmes qui fait de chacun de nous le moi qu’il est, rapport que personne d'autre ne peut donc assumer à notre place, consiste en ce que nous nous engageons, dans tout ce qui fait partie de notre vie mentale, à suivre des raisons de pensée et d'action". Avec cette idée d'engagement, Larmore pense que le rapport que nous entretenons entre nous-même et ce que nous faisons, disons, ou pensons, est de nature pratique et normative. Mais justement, la même idée d'engagement force le moi à "s'aligner" sur des raisons qu'il juge valables. Il est donc bien loin d'être maître et souverain. Cette conception déflationniste de l'identité personnelle ne donne au moi pas plus que ce qui lui est nécessaire pour vivre au quotidien, et aucune des qualités métaphysiques que lui confère la tradition, comme un accès transparent à soi-même, une autorité ultime sur ses propres contenus, voire une certaine immatérialité liée à l'expérience consciente de la conscience. Toutes proportions gardées le moi de Larmore est un engagement de type existentialiste, davantage une "prise de position" et moins une connaissance directe.

Titre du livre : Dernières nouvelles du moi
Auteur : Vincent Descombes, Charles Larmore
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
Collection : Essais débats
Date de publication : 04/02/09
N° ISBN : 2130570917
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2 commentaires

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LC

09/05/09 16:48
Je ne suis pas d'accord.
La position de V.Descombes n'est pas développée.
Le débat du livre porte sur le substantif "le moi".
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fichtounet

20/03/09 21:12
Superbe recension qui va à l'essentiel. L'auteur devrait écrire un livre sur cette nouvelle dictature du " l'ordinaire", ce "principe des principes", cet absolu subreptice de nos amis analytiques, à l'aune duquel ils entendent légiférer, limiter et in fine interdire de penser autre chose que ce qu'ils ont mis eux mêmes dans leur gros terme "d'ordinaire".
Bravo vraiment.

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