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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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En Italie aussi, le PIB ne fait pas le bonheur
[vendredi 09 novembre 2007 - 01:00]
Economie
Couverture ouvrage
La dittadura del Pil
Pierangelo Dacrema
Éditeur : Marsiliio
96 pages
Résumé :Le livre de Pierangelo Dacrema revient sur les limites de l'indicateur PIB et dénonce une classe politique qui prend pour dieu un chiffre si réducteur.
Le sujet est sans nul doute dans l’air du temps. Bousculé en France par la commission Attali dont les travaux se développent sous l’enseigne "il n’y a pas une croissance mais des croissances", l’idée fait son chemin plus calmement en Italie, portée par le récent ouvrage de l’économiste Pierangelo Dacrema. Ex-trader à la Bourse de Milan et à présent professeur d’économie et de finance à l’Université de Calabre, Dacrema ne propose pas dans son ouvrage de nouvel indicateur de la croissance, mais fustige plutôt l’appauvrissement du discours politique et économique qui se résume à l’accompagnement critique ou satisfait des soubressauts – ou des prévisions - des "trois lettres" PIL (prodotto interno lordo, équivalent du PIB français).

"Aujourd’hui, un grand pays est un pays dont le PIL est important, que les revenus de ce pays proviennent de commerce d’armement ou pas, que ce pays soit vaste ou réduit à une bourgade" remarque-t-il. Sa cible se concentre alors sur le caractère crucial que cet indicateur a acquis depuis la fin de la guerre plus que sur l’indicateur lui-même, dont il est sans doute conscient de la suprématie universelle. Moquant les commentaires instantanés dont font l’objet toutes publications du "chiffre", Dacrema s’en prend à une classe politique dont le PIL est devenu de fait l’indicateur de performance, ou  d’inefficacité. Au moment où les révisions à la baisse pour 2007 étaient publiées (et donc abondamment commentées) son essai ne fit paradoxalement pas l’objet de grandes polémiques. Pourtant, comment ne pas sauter sur l’occasion pour invoquer d’autres indicateurs, plus optimistes, plaçant la qualité de vie, le bien être, la paix, la joie (felicittà) de la communauté nationale italienne certainement devant ses compétiteurs, comme l'IDH (Indice de Développement Humain, développé par les Nations Unies) qui place l’Italie ex-aequo avec la Grande-Bretagne ?

En effet, laissant de côté les paramètres non quantifiables en prix de marché (à la base du calcul du PIL), comme la qualité de l’air par exemple, le PIL est un "indicateur défectueux" qu’il faudrait "remettre à sa place". Dacrema ne fait pas pour autant théorie d’une "décroissance vertueuse", refusant les propositions faites en ce sens par l’économiste français, Serge Latouche, mais préfère prévenir que cet "esclavage au PIL est le principal obstacle à la croissance". Comment ?  sans répondre directement, Dacrema avance d’autres questions pour mettre en évidence les limites de l’indicateur : "Comment peut considérer un indicateur valide alors que la recherche de sa croissance entraîne généralement une diminution du temps libre et un accroissement de la pression sur l’environnement  ?". Le pamphlet de 80 pages n’apporte pas la réponse mais a cependant le courage de poser la question.


* Pierangelo Dacrema, La dittatura del Pil, , 96 p., 10€, Marsilio editore.
Titre du livre : La dittadura del Pil
Auteur : Pierangelo Dacrema
Éditeur : Marsiliio
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1 commentaire

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roland

15/01/08 14:55
Oui, le sujet du PIB est dans l’air du temps. Mais que la classe politique, et récemment en France à son plus haut niveau, s’en empare risque fort d’obscurcir encore plus ce qui l’est déjà suffisamment. On sait le grand cas qu’elle fait de « la gestion comptable » et des comptables. On comprend que c’est parce que les chiffres parlent d’eux-mêmes ; que leurs manipulations sont en réalité un hommage qui leur est rendu.

Le PIB est fort exposé à ce genre de traitement, s’agissant de la mesure quantitative du produit des activités économiques des résidents d’un pays, activités que les États prétendent favoriser. Ces derniers n’y parvenant pas, le risque est de les voir agir sur l’instrument de mesure pour lui faire dire ce qui est voulu plutôt que ce qui est. Plus subtile est la démarche explorée par Pierangelo Dacrema qui s’en offusque, et résumée par Emmanuelle BÉRARD, consistant à persuader tout le monde du caractère défectueux de l’indicateur qu’est le PIB. Elle emprunte le procédé classique de le dénaturer pour le condamner, en prétendant qu’il mesure autre chose que ce pour quoi il a été construit.
Ce n’est pas là-dessus que je viens ici attirer l’attention des lecteurs.

Car plus regrettable encore est le mauvais sort fait à cet indicateur par les Statisticiens, mal inspirés par les économistes. Le PIB est calculé au moyen de données extraites des comptabilités nationales. Celles-ci sont élaborées selon un système de comptes qui a été normalisé au plan international par les statisticiens eux-mêmes, sous les auspices de l’ONU, ce qui est une démarche remarquable et éminemment louable. Hélas, les divergences irréductibles d’opinion entre économistes (c’est leur travers depuis toujours) ont subordonné la nécessaire normalisation internationale à des compromis ayant sacrifié la rigueur de l’instrument. Des dogmes sont venus polluer la pureté originelle du système, surtout depuis sa « modernisation » remontant aux années 196*. Le concept lui-même de PIB, ou plutôt celui de produit des activités économiques, est devenu indéfini (le PIB mesure quoi ?). De plus, son mode de calcul est désormais gravement vicié par au moins trois erreurs ; irréfutables puisque constituées de doubles emplois scientifiquement prouvés dans l’addition des nombres comptant les biens et services produits, au point que le PIB actuel de la France surévalue d’environ les trois quarts le niveau de la production intérieure réelle.

Tellement de responsables publics ayant été alertés, en même temps que les plus hauts niveaux de l’OCDE et de l’INSEE, qu’il est maintenant permis de soutenir que la désinformation du public commise ainsi est une démarche délibérée.

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