On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Pourquoi Laurent Joffrin a-t-il écrit ce livre ?
Il répète que l'intervention de l'actionnaire (Édouard de Rotschild) est "inexistante sur l'orientation politique ou culturelle" du journal Libération . Puis il qualifie l'influence des annonceurs comme "réelle mais faible" . Et enfin, il avertit que la cabale persistante des média-paranoïaques ne fait qu'"encourager les annonceurs et les actionnaires à mal penser et mal agir. Puisque la dépendance est la règle, se disent-ils, pourquoi devrais-je me gêner ?" . Ainsi, d'après Joffrin, là serait la cause de la prise en main par Nicolas Sarkozy de la nomination du président de France Télévisions : "les protestations ont été faibles, disparates, résignées (...) on accepte donc la réforme au nom de la fin de l'hypocrisie (...) alors que la seule réforme acceptable aurait consisté à mieux garantir, par une composition moins politique, l'indépendance du CSA" .
Nous avons constaté que même si Le Monde est qualifié de "premier quotidien de référence" (p. 88), il est cité dès qu'il s'agit de dénoncer un travers de la presse (pp. 20, 29, 34, 49, 86), alors que Libération et le Nouvel Observateur (qu'a longtemps dirigé Joffrin) jamais... sauf pour en dire du bien .
On y verra enfin un plaidoyer pour la révision du dispositif des aides de l'État en faveur de la presse à "vocation politique, culturelle ou civique" (soit celle à laquelle il appartient) au détriment de la "presse de pure distraction ou très spécialisée" . Cette dernière comprend certes les magazines que l'on pourrait qualifier de racoleurs, mais qu'entend-il par "spécialisée" ?
Le mot "paranoïa" est-il bien pesé ?
Un diagnostic est posé avant tout pour déterminer l'affection dont souffre un patient. Or, la paranoïa est considérée, dans son sens commun, comme un ensemble de "troubles caractériels (orgueil démesuré, méfiance, susceptibilité excessive, fausseté du jugement avec tendance aux interprétations) engendrant un délire et des réactions d'agressivité" .
Tous les "sujets" ne répondent pas cette description. Il faudra peut-être que Laurent Joffrin écrive un deuxième tome pour le "média-schizophrène", qui pourrait être décrit comme une personne qui "s'assigne un rôle et néglige le fait que les rôles sont déterminés par une relation mutuelle". Ainsi, ce défaut de communication l'empêche de "recevoir correctement des messages et de corriger l'information qu'il possède". Il est alors "un modèle déformé de lui-même et du monde qui le conduit à l'isolement."
Enfin, pour conclure la trilogie, il manque le "média-psychonévrosé", qui inonde les autres de messages et tente de les forcer "à assumer des rôles qu'ils ne veulent pas assumer." Il répète alors "sans arrêt le même message en espérant qu'il sera compris". .Mais on s'éloigne ainsi de l'essai pour se rapprocher de l'autobiographie![]()
1 commentaire
Niki Mask
Pour une vraie critique allez voir plutôt ici :
http://www.acrimed.org/article3085.html