On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Cet ouvrage, qui rassemble des textes écrits entre 1966 et 1976, est la parfaite introduction à l’œuvre de celui qui est souvent plus connu comme le gourou de Margaret Thatcher, la Dame de fer qui un jour, à la Chambre des communes, brandit la Constitution de la liberté en s’exclamant : "Voilà en quoi je crois !" Friedrich Hayek fut l’un des grands penseurs de la tradition libérale, et l’étendue de ses réflexions, la vaste culture dont elles témoignent, ainsi que ses nuances souvent balayées d’un revers de main, s’offriront d’emblée au lecteur des Nouveaux Essais. S’inscrivant dans une démarche épistémologique devant beaucoup à celui qui fut son ami, Karl Popper, dans une tradition qu’il admirait, celle des Lumières écossaises, Hayek fut le grand critique de la "démesure intellectuelle", et c’est dans cet esprit qu’il faut lire ses attaques répétées, et celles dont il fut l’objet, contre cette formidable combinaison d’hybris constructiviste et d’atavisme social qu’il estima constituer le cœur du socialisme de son temps.
Les Nouveaux Essais ont ce grand avantage de rassembler en un livre des textes touchant à l’anthropologie de Hayek, conçue dès l’après-guerre, lors de ses recherches en psychologie théorique et la publication de L’Ordre sensoriel en 1952, à l’épistémologie, qui joue un rôle capital dans l’entreprise de l’auteur, à la philosophie politique, à l’histoire des idées, et bien entendu à l’économie. Quelques pages satisfont une autre curiosité, comme l’essai "Souvenirs personnels sur Keynes", où le portrait de son alter ego maléfique, qui fut pourtant son ami, dépeint un homme plus artiste que scientifique, plus intuitif que rationnel, et surtout, "suprêmement confiant en ses pouvoirs de persuasion" . Bien entendu, c’est parfois avec amusement qu’on voit Hayek se "souvenir" de son collègue, qui, à l’en croire, aurait été un farouche anti-keynésien si seulement il avait pu voir ce que ses disciples gardèrent de lui en héritage. Le lecteur se retrouve dans ce vaste ensemble : certaines idées-clés balaient les différents champs, certaines convictions aussi. On découvre alors que le fameux anti-étatisme de Hayek, à la réputation sulfureuse, sa défense du marché et de la concurrence, ne se justifient pas toujours par les raisons qu’on croit.
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