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Rédacteur

Critique à nonfiction

La phrase

Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes.

Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.

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Haro sur l'épouvantail !
[mardi 03 mars 2009 - 05:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Le Désintéressement. Traité critique de l'homme économique t.1
Jon Elster
Éditeur : Seuil
376 pages / 21,85 € sur
Résumé : Jon Elster enfonce avec brio les derniers clous qui manquaient au cercueil de l' "homo economicus". Mais qui attaque-t-il vraiment ?
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Donner pour donner

Le mécanisme qui mime le désintéressement au plus près est le "souci du désintéressement", dont l'analyse constitue le point le plus original du livre. Avoir le souci du désintéressement, c'est vouloir, consciemment, être désintéressé - et c'est donc avoir le bien commun à cœur. Mais ce n'est pas exactement la même chose qu'avoir un souci désintéressé sans l'avoir voulu. L'une des marques qui distinguent le souci du désintéressement d'un pur souci désintéressé est l'importance du "contre-intéressement", c'est-à-dire du fait d'agir contre ses intérêts. Le contre-intéressement n'est pas nécessaire au désintéressement : une action désintéressée peut me profiter sans que je le veuille. Par contre, pour qui a le souci du désintéressement, le contre-intéressement est crucial : c'est lui qui prouve que je n'ai pas agi par intérêt, puisqu'au contraire j'ai lésé mes intérêts.

L'auteur illustre ce phénomène avec la nuit du 4 Août 1789, où les membres de l'Assemblée nationale renoncèrent aux privilèges féodaux, dont profitaient individuellement beaucoup de représentants de la nation. L'analyse de l'abolition des privilèges  concentre le meilleur du style philosophique d'Elster : une interprétation à la fois innovante et classique, portée par une érudition sans faille, et qui a le bon goût de s'effacer derrière les idées de l'époque. La nuit du 4 août met en branle un grand nombre de mécanismes chers à Elster (peur des émeutes rurales, ressentiment, désir de vengeance, envie - noire et blanche -, émotions à la vie courte que les constituants tentent d'entretenir tout en sachant qu'ils le regretteront un jour). Au premier plan, il y a le souci du désintéressement.

Le problème de l'abolition de la dîme montre, selon Elster, que les héros de la nuit du 4 août étaient plus motivés par le désir de faire de grands et généreux sacrifices que par le souci du bien public lui-même. Comme le remarquait Sieyès, supprimer la dîme sans contrepartie, c'était faire un cadeau aux propriétaires terriens, un cadeau qui ne profiterait pas forcément aux paysans. Ce n'est pas parce qu'abolir la dîme constitue une action contre-intéressée pour les ecclésiastiques que c'est une action utile pour la nation. La réaction de l'Assemblée à la remarque de Sieyès est révélatrice : on l'accuse de parler au nom de son intérêt (quoiqu'élu par le Tiers, c'est un ecclésiastique). Qui ne va pas contre son intérêt doit en être l'esclave, telle semble être la maxime du souci du désintéressement.

Et le désintéressement proprement dit ? Le Désintéressement en parle peu, si ce n'est pour dire qu'il existe, et qu'il ne se confond pas avec l'altruisme ou la morale. De Gaulle et Proust sont cités comme exemples de personnages qui ont en partie sacrifié leur intérêt propre à un idéal supérieur qui n'était ni un code moral ni l'intérêt d'autrui. C'est à peu près tout. Des hypothèses à la mode sont évoquées en passant - celle, par exemple, d'un altruisme inné qui aurait évolué par sélection de groupe. L'influence des traditions et des habitudes culturelles, très souvent retenue par les économistes expérimentaux pour expliquer le désintéressement, est pareillement survolée. La discussion de la religion comme motivation se borne à une évocation d'une "motivation au salut de l'âme", dans le chapitre sur les attentats-suicides, qui semble réduire les religions à la seule eschatologie.

C'est peut-être sur ce terrain-là qu'il aurait fallu attaquer les économistes d'aujourd'hui, dont beaucoup n'ont aucun problème à reconnaître l'existence de motivations altruistes et à les intégrer dans leurs modèles (on pense par exemple aux travaux d'Herbert Gintis, un économiste proche des auteurs expérimentalistes qu'affectionne Elster). Mais les explications qu'ils en donnent, évolutionnistes ou culturalistes, frappent parfois par leur simplisme. La confrontation avec ces auteurs aurait constitué pour l'auteur un défi plus stimulant ; il aurait sans aucun doute été à la hauteur. Le deuxième tome, où Jon Elster attaquera la rationalité des choix - une hypothèse bien vivante, et qui a du répondant - devrait être plus sportif.

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1 commentaire

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MartinK

04/03/09 10:19
Très bonne critique.

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