Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Le philosophe et sa résidence légendaire
[dimanche 01 mars 2009 - 21:00]
Environnement et développement durable
Couverture ouvrage
Saving Creation. Nature and Faith in the Life of Holmes Rolston III
Christopher J. Preston
Éditeur : Trinity University Press
243 pages
Résumé : La première biographie intellectuelle de l'une des figures majeures de l'éthique environnementale anglo-américaine.
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D’un suicide financier à l’autre

Ludwig Wittgenstein est probablement l’auteur du suicide financier le plus retentissant du siècle dernier. A la mort de son père, riche industriel autrichien à la tête du cartel de l’acier, il hérite en 1913 d’une immense fortune dont il se délestera très vite, d’abord l’année suivante sous forme d’un don réparti par Ludwig von Ficker entre différents artistes viennois de l’époque (entre autres, Rilke, Trakl, Lasker-Schüler, Kokoschka, Loos), puis à la fin de la guerre en renonçant à sa part au profit de son frère Paul et de ses sœurs Hélène et Hermine.  

Moins connue, mais tout aussi spectaculaire, est l’histoire de ce "millionaire for five hours" qui aura attendu patiemment la fin de la cérémonie de remise du prix Templeton décerné annuellement, depuis 1973, à la personnalité ayant le plus contribué au "progrès de la recherche et de la découverte dans le domaine des réalités spirituelles" pour se dessaisir d’un million de livres sterling au profit de l’Université de Davidson, située aux Etats-Unis, en Caroline du Nord, en vue de financer une chaire de recherche en sciences naturelles et en religion. Le beau livre que vient de signer Christopher Preston est entièrement consacrée à la biographie intellectuelle de cet homme extraordinaire : Holmes Rolston III.    

Où l’absence d’eau courante n’altère pas la soif d’apprendre

Aujourd’hui professeur de philosophie retraité de l’Université de Colorado, Holmes Rolston peut bien être tenu pour l’un des pères fondateurs de l’éthique environnementale anglo-américaine telle qu’elle s’est constituée en tant que champ d’investigation philosophique au début des années 1970. En l’absence de la contribution qu’il a apportée et de l’influence immense qu’il a exercé, nul doute que le champ d’éthique environnementale contemporain présenterait un tout autre visage.

Titre du livre : Saving Creation. Nature and Faith in the Life of Holmes Rolston III
Auteur : Christopher J. Preston
Éditeur : Trinity University Press
Date de publication : 01/03/09
N° ISBN : 978-1-59534-050-4
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9 commentaires

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Hicham-Stéphane Afeissa

20/03/09 19:23
Après une telle mise au point, je n'ai plus grand chose à dire! Merci beaucoup à Julien Delord d'avoir pris le temps de nous répondre à l'un comme à l'autre.
Je voudrais toutefois préciser un point. Mon compte rendu se veut pas hagiographique (il est remarquable que le livre de Preston ne le soit pas du tout), si ce n'est en son ouverture, car j'avoue volontiers que le "suicide économique" de Rolston continue de m'impressionner. (Lequel d'entre nous serait capable de faire ce que cet homme a fait - verser un million de livres sterling à une université?) Ce qui donne probablement ce ton hagiographique à mon comte rendu, c'est que j'ai voulu délibérément en exclure toute critique car j'estime que le courant d'éthique environnementale en général (et la pensée de Rolston en particulier) est encore trop méconnu pour que l'heure soit venue d'en proposer une lecture critique. Traduisez d'abord, lisez, relisez plume à la main, ruminez, réfléchissez, prenez tout votre temps, ne croyez pas trop vite avoir compris, laissez vous inquiéter, laissez vous surprendre - je ne connais pas d'autre manière d'apprendre à penser avec un auteur. Le concept de valeur intrinsèque qu'élabore Rolston est-il cohérent? Est-il doué d'une force normative? Ce sont d'excellentes questions, en effet. Tout ce que je demande à ceux qui les posent est de bien vouloir lire l'auteur qu'ils interrogent en ces termes. Julien Delord fait partie de ceux là - mais combien Rolston a-t-il de lecteurs sérieux en France?
Chacun sait le mal que le livre de Luc Ferry a pu faire à tout ce courant philosophique. Je ne voudrais pas qu'une nouvelle génération de "défenseurs de la laïcité et de la Raison", se trompant d'ennemis, retarde une fois de plus la réception de l'éthique environnementale. Je ne sais rien de la menace obscurantiste dans le domaine qui m'intéresse, mais je vois bien les risques que fait courir une nouvelle forme de scientisme.
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JulienDelord

13/03/09 14:26
Salut Hicham et Jérôme (et Christopher Preston aussi...),
J'ai la chance de vous connaître tous les deux, d'avoir lu et même dîné en tête à tête avec Rolston l'an dernier (merci Hicham :). Je suis un peu attristé par vos querelles. J'aimerais qu'elles ne débouchent pas sur un ressentiment mutuel déplacé. Hicham, sache que Jérôme est un défenseur impénitent de la laïcité et de la Raison et de plus un fin limier des intrusions spirituelles et religieuses là où elles ne devraient pas avoir lieu. C'est un débatteur engagé et acharné, mais aucunement porté sur les attaques ad hominem et les procès en sorcellerie.
Hicham, pour sa part, consacre une part considérable de son temps et de son énergie à promouvoir en France l'éthique et la pensée environnementale d'origine anglo-saxonne qui sont trop méconnues ici. Son impeccable éducation philosophique et sa connaissance détaillée des fondements à la fois scientifiques et philosophiques des courants qu'il défend le met au-dessus de tout soupçon obscurantiste.
A la décharge d'Hicham, je dirais que son enthousiasme peut toutefois lui jouer des tours, en ne mesurant peut-être pas à leur juste mesure les conséquences de l'importation en France de pensées dont les présupposés heurtent la sensibilité rationaliste et laïque hexagonale.
J'approuve aussi Jérôme sur un autre point: Hicham, je pense que ton compte-rendu est un peu trop hagiographique. Certes, Rolston est un grand penseur de l'éthique environnementale et trop méconnu en France, mais cela n'empêche pas la critique lorsqu'elle est juste (je n'ai pas lu le livre de Preston, mais j'imagine qu'il en contient...). Pourquoi ne pas évoquer par exemple les apories de la valeur intrinsèque ou inhérente à la Rolston et son manque de force normative?
Quant à Jérôme, ta critique du compte-rendu d'Hicham est juste, mais ce n'est pas la peine d'en faire un casus belli. Les questions d'éthique et de religion sont beaucoup plus intriquées dans les départements américains qu'en France (très souvent les chaires portent sur les 2 domaines, comme à l'Université du Nord-Texas - que je connais bien par ailleurs - où se trouve le meilleur département d'éthique environnementale). Je comprends que cela te heurte, mais Hicham ne saurait être attaqué personnellement pour avoir rapporté sur un livre écrit par Preston sur Rolston qui lui-même a eu affaire à la Fondation Templeton. Suis-je aussi concerné par le soupçon de complaisance si à mon tour je parle des travaux d'Hicham ?? Non!!! Ciblons le coeur du soupçon (Templeton) plutôt que de l'imputer indirectement à tous(Rolston, Preston, Hicham, etc) par la stratégie inefficace et contestable du "tous pourris"...
Voilà pour mes commentaires. J'espère avoir le plaisir de vous lire tous les deux sur Non-Fiction bientôt et qui sait, peut-être avec un papier commun!
Julien
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Christopher J Preston

06/03/09 01:52
....and maybe, since the book describes the work of the "father of environmental ethics," a secular philosophical field, it is of some interest to non-religious people too!
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Jérôme Segal

05/03/09 11:19
Many thanks to the author of the book who just made this comment.
Ainsi, apparaît un mot qui ne figurait pas dans la recension "dieu" ("Dieu" pour les croyants). Il semblerait bien que la visée première de Rolston soit un dialogue entre sciences et religion... et comme l'écrit l'auteur du livre "Rolston is of interest to Christians (...)".
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Christopher J Preston

04/03/09 23:04
Pardonnez-moi d'ecrire en anglais.

I appreciate the spirited discussion on Rolston. I can add a couple of points of clarification. Rolston is of interest to Christians precisely because he rejects both creationism and intelligent design. He is committed to the integrity of evolutionary theory but tries to find room in the process for some account of divinity. He attempts to give his God the lightest possible touch in the process. It may be that even this "light touch" is too much. His belief is that he can retain the integrity of evolutionary theory and the integrity of the Christian theology. The reader will have to be the judge of whether he succeeded in his task.

The early chapters of the biography make it clear that Rolston saw the importance (for environmental reasons as well as theological ones) of ensuring an informed dialogue between Christianity and evolutionary biology. He is an environmentalist as much as a theologian throughout his life.

The Templeton Foundation were not involved in any way in determining the content of the biography.

Thank you for your interest in the book.

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