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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Résistances souterraines
[vendredi 27 février 2009 - 15:59]
Science Politique
Couverture ouvrage
La domination et les arts de la résistance
James C. Scott
Éditeur : Amsterdam
269 pages / 20,90 € sur
Résumé : De stimulantes thèses sur la domination, l'hégémonie et les résistances cachées.
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Qu’y a-t-il de commun entre les dissidences religieuses qui ont précédé la guerre des paysans en Allemagne avant la Réforme, les rituels populaires d’inversion comme le carnaval dans l’Europe médiévale, le Festin de Krishna dans la société hindoue ou les saturnales de la Rome antique, les formes d’insubordination ouvrières (freinage, sabotage, "perruque") des sociétés industrielles, ou encore les promenades quotidiennes qui rassemblaient des milliers d’habitants de Lodz, dans la Pologne du général Jaruzelski, sortant spontanément à l’heure du journal télévisé officiel en portant leur chapeau à l’envers ? Pour James C. Scott, ces formes d’actions au-delà de leur apparente diversité relèvent d’une même catégorie: celle des formes de résistances cachées, discrètes ou anonymes, que les groupes dominés peuvent opposer aux pouvoirs économiques, politiques et religieux. Elles renvoient à une forme "infra-politique" de protestation qui se développe à l’abri des regards et du contrôle du pouvoir et qui constitue la façon la plus courante de critiquer l’ordre social dans les sociétés où les groupes subalternes ne peuvent pas exprimer publiquement leur désaccord.

Spécialiste des sociétés paysannes d’Asie du Sud-est et des formes d’opposition quotidienne à la domination, auxquelles il avait consacré ses premiers livres, James C. Scott propose dans "La domination et les arts de la résistance" une synthèse stimulante de ses travaux sur les processus de domination, sur la notion d’hégémonie et sur la résistance. Initialement publié en 1992 aux Etats-Unis, l’ouvrage avait été remarqué pour la force des perspectives de recherche qu’il ouvrait, notamment pour étudier la protestation populaire dans les pays non démocratiques. La traduction en français du livre, jusqu’à présent surtout lu et commenté par les spécialistes de la sociologie des mouvements sociaux, vient salutairement lui donner une seconde vie, lui offrant le large public qu’il mérite.

L’intérêt du livre de J. Scott est en effet de proposer une théorie alternative du pouvoir et de la domination qui rompt avec les théories de la légitimité ou de l’hégémonie qui dominent la sociologie critique contemporaine. De Weber à Bourdieu, en passant et Gramsci, l’ordre social est en effet le plus souvent pensé comme le fruit d’une croyance : les dominés acceptent leur situation subalterne car ils croient à la légitimité du pouvoir et aux idéologies dominantes qui présentent l’ordre social pourtant inégalitaire comme naturel et juste. Or, pour J. Scott une telle conception recèle des "erreurs fondamentales". Entreprenant une critique serrée, mais accessible aux lecteurs profanes, de ces théories de la fausse conscience et de l’aliénation, il propose d’en renverser les postulats.

Titre du livre : La domination et les arts de la résistance
Auteur : James C. Scott
Éditeur : Amsterdam
Titre original : Domination and the arts of resistance
Nom du traducteur : Olivier Ruchet
Date de publication : 09/01/09
N° ISBN : 2915547610
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