Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

Bien des Pakistanais, à considérer le succès (à tout le moins, partiel) du modèle indien, peinent à rendre hommage au père de la nation - le Quaid-i-Azam - Mohammed Ali Jinnah. L’adhésion à un nationalisme officiel rigoriste confine toutefois les citoyens à une vénération absolue, alors même que les vœux de ce dirigeant, qui s’éteignit le 11 septembre 1948 (près de treize mois après la fondation du Pakistan), restent l’objet de supputations historiques. Tariq Ali, politologue britannique d’origine pakistanaise, dresse un parallèle qui, à connaître la scène politique de la République islamique du Pakistan, est osé. Jinnah, indique-t-il, souhaitait donner naissance à un État en tout point semblable à celui qu’imagina le parti du Congrès. Les musulmans en constitueraient la communauté dominante, tandis qu’une stricte égalité, garantie par l’adhésion à la laïcité, serait de rigueur ; tous jouiraient, au demeurant, d’une liberté de culte qui ne recouvrerait aucun caractère obligatoire. L’auteur souligne que le chef de la Ligue musulmane ne se demanda guère si les hindous et les sikhs, qui vivraient sur les territoires qu’englobait le projet initial d’un Pakistan, se contenteraient du statut de minorité. Lui-même récusait pourtant un tel schéma, arguant de sa profonde anxiété quant au sort de musulmans livrés à l’arbitraire potentiel de la majorité hindoue.
Les autorités du Pak-i-stan (littéralement,"pays des purs"), confrontées à une arrivée massive de réfugiés, laissèrent finalement entendre que le nouvel État n’avait pas vocation à accueillir l’ensemble des musulmans indiens. C’est là un épisode que l’Inde et le Pakistan, présidant à la rédaction de manuels scolaires destinés à façonner l’esprit de futurs citoyens, ont comme choisi de passer sous silence. Les dirigeants des deux pays visèrent vraisemblablement à éviter l’embarrassante question d’un plan de partage auquel ils n’auraient pas dû consentir. À lire les archives diplomatiques britanniques, l’on trouve d’ailleurs trace de la vive inquiétude d’un État pakistanais à peine né face à l’afflux continu de réfugiés. Ali, pour sa part, fait-il preuve d’un réalisme courageux, ou tend-il vers une forme humour noir lorsqu’il indique que les musulmans du sous-continent, contraints à l’exode suite à l’enclenchement de la macabre dynamique de la partition, ignoraient cependant qu’ils se rendaient dans un pays "dédié aux seuls propriétaires terriens" ?
L’auteur nous rappelle l’absurdité du tracé de frontières qui ignorèrent les réalités humaines. Et le nouvel État se trouva affublé de deux composantes éloignées l’une de l’autre par quelques 1700 kilomètres de territoire indien. Tandis que la partie orientale accueillait près de 40 millions de Bengalis ethniquement homogènes, sa zone occidentale était composée d’une mosaïque ethnique et linguistique de 35 millions d’habitants.
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