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Critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Tristan sans Yseult
[jeudi 26 février 2009 - 05:00]
Histoire
Couverture ouvrage
L'invention de la culture hétérosexuelle
Louis-Georges Tin
Éditeur : Autrement
201 pages / 19 € sur
Résumé : Non, l’hétérosexualité n’a rien de "naturel".
Page  1  2 

C’est à une "véritable révolution épistémologique"  que nous invite Louis-Georges Tin dans ce livre qui rompt avec les conceptions essentialistes de l’hétérosexualité. Parce qu’elle était pensée comme relevant de "l’ordre de la Nature", un invariant jamais remis en cause, l’hétérosexualité a longtemps constitué un point aveugle de la recherche historique. Si, comme le souligne l’auteur, des milliers d’ouvrages ont été, au cours des siècles, consacrés au mariage, à la famille ou à l’amour hétérosexuels, l’hétérosexualité elle-même restait non problématisée, comme "en deçà de toute réflexivité" .

Historiciser l’hétérosexualité


Paradoxalement, c’est par le biais de l’histoire de l’homosexualité que la "question hétérosexuelle" en est venue à être posée. Parce qu’elles interrogent les normes sexuelles comme les rapports de genre pour en révéler l’historicité, les études gays et lesbiennes ont ouvert la voie à un questionnement des sexualités dites "normales". Dans le Dictionnaire de l’homophobie (PUF, 2003), qu’il avait dirigé, Louis-Georges Tin s’était déjà attaché à montrer, en distinguant hétérosexisme et homophobie, le poids de la "contrainte à l’hétérosexualité", également dénoncée par la critique féministe, et qui va bien au-delà des manifestations de l’homophobie ordinaire (insultes, violences...). Dans la lignée des travaux initiés aux États-Unis par Jonathan Katz , il envisage ici l’hétérosexualité comme un construit, historiquement et socialement daté, dont il convient d’analyser les conditions d’émergence et d’acculturation. Plus exactement, il entend prouver que "si la pratique hétérosexuelle est universelle, la culture hétérosexuelle, elle, ne l’est pas" . Une comparaison lui permet d’éclairer cette affirmation a priori déroutante : si, dans toutes les sociétés humaines, il y a bien sûr des pratiques alimentaires, indispensables à la survie des individus, toutes les sociétés ne construisent pourtant pas une culture gastronomique, comme c’est le cas en France. 


Prenant appui sur la littérature, la philosophie et l’histoire, l’auteur fait ainsi l’hypothèse que la "culture hétérosexuelle" émerge en Occident au début du XIIe siècle, avec la culture courtoise. Aujourd’hui dominante, elle a été elle-même dominée par des institutions comme l’Église (qui prône la chasteté), la noblesse (qui valorise l’homosocialité), et dans une moindre mesure la médecine (qui voit dans "l’amour fou" une forme de pathologie).

Relire ses classiques


Certains chapitres relèvent du tour de force. Le premier, sur la culture chevaleresque, revisite des interprétations déjà suggérées par Georges Duby ou Jacques le Goff, mais les éclaire d’un jour nouveau. Par l’étude minutieuse de textes en apparence aussi connus que La Chanson de Roland ou Lancelot du Lac, Louis-Georges Tin montre que, dans la société féodale, seules les amitiés masculines bénéficient d’une reconnaissance sociale et culturelle, qui se traduit notamment par l’exaltation des relations sentimentales entre hommes dans la chanson de geste avant l’émergence de la littérature courtoise. Ce n’est que progressivement, par l’intermédiaire des troubadours et des trouvères, que les amours hétérosexuelles, sous la forme dissymétrique de l’amour du chevalier pour sa dame, s’affirment comme un modèle alternatif au modèle homosocial. Le cas de Tristan et Yseult est à cet égard révélateur. Ce symbole de la culture hétérosexuelle peut en effet être lu comme le récit du conflit entre cultures chevaleresque et courtoise. Dans les premières versions, la relation entre Tristan et son oncle, le roi, est centrale, comme dans tout roman de chevalerie. La passion que le jeune homme ressent pour Yseult, pourtant promise à son suzerain, est le résultat malheureux de l’absorption d’un philtre d’amour, une occurrence regrettable et accidentelle. Dans les versions postérieures, le philtre disparaît, et c’est au premier regard, tout naturellement, que Tristan s’éprend d’Yseult, révélant ainsi "un processus d’intériorisation et de naturalisation de la passion amoureuse tout à fait caractéristique en cela de la culture hétérosexuelle qui s’inventait alors, et qui supplantait peu à peu la culture homosociale d’antan." .

Titre du livre : L'invention de la culture hétérosexuelle
Auteur : Louis-Georges Tin
Éditeur : Autrement
Collection : Mutations
Date de publication : 06/10/08
N° ISBN : 2746712040
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4 commentaires

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victorlefevre

23/09/10 13:45
Il est toujours surprenant de constater via les commentaires la difficile réception d'une œuvre de construction des normes culturelles.

S'il avait un tant soi peu réfléchi à la question, l'intervenant précèdent aurait compris que la culture hétérosexuelle n'est pas responsable de la procréation, celle-ci est une donnée naturelle invariable sur laquelle peut se greffer de multiples normes de couple, parenté, et sexualité selon le contexte spatio-temporelle.
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Anonyme

06/03/09 10:26
Étonnant et intéressant exercice, qui a cependant ses limites, car le fait même qu'il puisse aujourd'hui écrire ce livre tient à la nature hétérosexuelle de la capacité à produire un avenir pour les autres.... La contribution homosexuelle s'éteindrait à sa génération si l'hétérosexualité ne la rendait pas immortelle dans les générations futures !
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Charles

27/02/09 21:46
Je ne suis pas bien sûr que quelqu'un qui dit d'un livre qu'il est "vraiment pathétique" soit vraiment à même de donner un avis intéressant. Sait-il seulement ce que veut dire le mot "pathétique" ? On se le demande !
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bob

27/02/09 21:04
J'ai parcouru ce livre hautement idéologique, parfois à la limite de l'hystérie "intellectuelle" et du n'importe quoi. Limite pathétique dans certaines argumentations... Le parallèle entre la sexualité et la façon de se nourrir que cite l'auteur m'a fait alterner entre fou-rire et consternation... Vraiment pathétique...

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