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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
Expériences d'Indochine
[mercredi 25 février 2009 - 09:00]
Histoire
Couverture ouvrage
De l'autre côté de l'eau. Indochine 1950-1952
Dominique de La Motte
Éditeur : Tallandier
165 pages / 17,10 € sur
Résumé : Ni journal, si souvenirs, ce petit livre expose les réminiscences d'un jeune officier dans la guerre d'Indochine.
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2/ Le livre en apprend beaucoup sur le caractère de cette guerre, "féodale" à bien des égards. Le mot revient plusieurs fois. On est interloqué devant la primauté des liens personnels, les confusions d’intérêts chez les forces en présence et les efforts que le lieutenant doit produire pour se laisser "vassaliser" le moins possible, sans toutefois pouvoir outrepasser la limite qui lui serait fatale. Là se prend toute la mesure du caractère non conventionnel de la guerre, guerre qui se mène avec une troupe de partisans volontaires, susceptibles de partir à tout instant, selon un principe de consentement permanent. Qu’est-ce qui motive ces hommes ? La Motte l’annonce sans détour : l’argent, mais moins pour tirer profit que pour survivre et gagner sa maigre pitance. Dès lors, tout se négocie. Les alliances sont précaires et réversibles. D’anciens partisans Viêt Minh peuplent le commando et l’on se doute que le mouvement inverse se produit. L’idéologie et le patriotisme sont d’ailleurs singulièrement absents dans l’ouvrage. Seul semblent exister un vague esprit de corps et un prestige du groupe, dont témoigne la fierté du port de l’insigne (qui illustre la couverture de l’ouvrage).

La duplicité est incontestable, mais La Motte en comprend toute la teneur, évite le jugement raciste ("le pire des contresens serait d’en conclure que les Jaunes jouent toujours le double jeu", p. 105) et, sauf pour le cas des caodaïstes , invite à l’indulgence. On s’arrêtera notamment sur le passage émouvant où il exprime la confiance totale qu’il acquiert en ses hommes après avoir été courageusement défendu lors d’une embuscade qui a failli lui être mortelle.

Trouve-t-on une attitude plus "conventionnelle" de la part des Français ? L’évocation du marchand d’armes européen vendant aveuglément sa marchandise au Viêt Minh en plein coeur de Saïgon est illustrative. Il en va de même de la position du planteur protégé par le commando, mais payeur et à ce titre, comptant imposer ses vues, tout en étant capable, par ses relations haut placées, d’offrir à La Motte une meilleure protection que sa hiérarchie, et parfois même contre sa hiérarchie !

3/ Et l’ennemi dans ce riche tableau ? Il paraît le grand absent ou plutôt, un passager furtif et rarement visible. On ne le voit qu’ici ou là, à l’occasion d’un accrochage ou à travers quelques prisonniers ou traîtres évoqués brièvement. Même l’action finale conduisant à la mort du chef Viêt Minh se déroule avec une telle fulgurance qu’elle ne permet aucune vraie "rencontre".

Cela rejoint le constat global d’un jeune officier totalement étranger aux enjeux et objectifs stratégiques généraux du conflit. "LA" guerre d’Indochine elle-même est absente : "Et la guerre d’Indochine au milieu de tant de préoccupations, ai-je le temps de la faire ? Je l’ai faite avant, dans un bataillon opérationnel ou sur les routes, puis bien plus tard et plus loin, au Tonkin " . Telle est la rançon d’une mission si particulière confiée au lieutenant, qui lui impose une concentration toute entière et éprouvante sur son groupe d’hommes, sans laisser beaucoup de temps pour s’interroger sur son sens général.


Au-delà de son évidente valeur historique, De l’autre côté de l’eau est avant tout le récit d’une quête humaine, d’une compréhension intime de l’autre, dans un moment où tout semblerait la rendre impossible voire incongrue. Avec humilité et délicatesse, Dominique de La Motte sait reconnaître l’inachèvement de cette quête. Et le livre de s’achever par les réflexions d’un homme parvenu au soir de sa vie, qui égrène avec émotion et pudeur le nom des hommes qui l’ont servi….
 

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5 commentaires

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Vo N'guyen G.

01/06/09 16:34
A anonyme du 11 avril:
Pour moi le bouquin de référence sur la guerre d'Indochine, c'est celui de Lucien Bodard, qui commence en 46 et se termine hélas avec Dien Bien...
Il y a tout sans ce livre, à lire absolument ! Ses trois livres sur l'Indo sortis en 65/66/67 ont été regroupés en un seul gros volume " La guerre d'Indochine".
Bonne lecture !
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loouis

19/05/09 18:09
Super bouquin, passionnant d'un bout à l'autre.
l'émotion qui se dégage de certains passage est réelle.
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AD

14/04/09 19:22
Le livre de référence concernant la guerre d'Indochine est en général l'ouvrage de Jacques Dalloz (La guerre d'Indochine), disponible en poche (Points Seuil)
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Anonyme

11/04/09 14:22
bonne critique... mais si ce bouquin est un témoignage, quel est le bouquin de référence par rapport à la guerre d'indochine ?
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Anonyme

03/04/09 01:25
ça m'a donné envie d'acheter le bouquin ! pourquoi deroche n'écrit-il pas davantage de critiques ?

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