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Professeur de science politique

La phrase

Quand vous avez vu effectivement des paysans pendus à leurs chambranles par leurs propres tripes sous les couteaux de jeunes ukrainiens engagés dans l’armée allemande, et que vous revenez trois mois plus tard au lycée Carnot et dans une famille où il y a un valet de chambre qui sert à table et où il manque simplement quelques membres de la famille qui sont morts ici ou là, il y a en effet un décalage complet entre ce que vous avez vécu et la vie normale.

Pierre Nora, France Inter, le 25 janvier 2012.

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Réforme de l'université : le grand gâchis
[lundi 23 février 2009 - 13:00]
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L’élection présidentielle de 2007 a permis de faire un grand pas en avant : l’enseignement supérieur et la recherche sont devenus l’objet d’un consensus parmi les principaux candidats. Ils ont semblé, pour la première fois, réellement convaincus qu’il fallait à la fois mettre enfin de l’argent dans le système, afin de rattraper des décennies de sous-financement, et réformer des structures souvent obsolètes et génératrices d’inégalités. Droite, gauche et centre proposant de donner la priorité à ce dossier dans leur programme. Ce n’est qu’ensuite, sur le projet de réforme lui-même et le niveau de financement, que les divergences sont apparues, laissant présager d’un débat démocratique riche et fécond.

Une fois élu, Nicolas Sarkozy a confié à Valérie Pécresse un ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche de plein exercice (une première !) avec pour mission de mener à bien une réforme de grande ampleur. Il annonçait dans le même temps qu’il allait doter les universités et la recherche d’importants moyens nouveaux (plusieurs milliards d’euros sur cinq ans) pour assurer non seulement le rattrapage du retard pris depuis plus de vingt ans – à la fois par rapport à l’enseignement secondaire français et à la moyenne des autres pays de l’OCDE – mais encore pour faire de la France un pays capable d’entrer de plain-pied dans la désormais incontournable "société de la connaissance et de l’innovation" vantée par l’Union européenne. La loi relative aux "libertés et responsabilités des universités" (dite LRU ou loi sur l’autonomie), adoptée dès le mois d’août 2007, et le découpage en "instituts" du CNRS allaient vite fournir le cadre d’ensemble de la réforme annoncée.

Las, à peine la loi LRU est-elle entrée en application dans une vingtaine d’universités (depuis le 1er janvier 2009) que son principal projet de décret d’application, modifiant le statut des enseignants-chercheurs, est fortement contesté par une très large majorité des universitaires et avec lui l’ensemble de la loi. En moins de deux ans, ce qui était annoncé comme la réforme emblématique du quinquennat est devenue un tel repoussoir qu’on ne compte plus le nombre de celles et ceux, dans le milieu académique et au-delà, qui voudraient la voir abroger et avec elle voir enterrer l’idée même de toute réforme de l’enseignement supérieur et de la recherche ! Trois raisons principales expliquent ce formidable gâchis : une inspiration plus dogmatique que pragmatique de la réforme, sa conception d’ensemble totalement incohérente et une mise en œuvre particulièrement bâclée.

Une vision dogmatique

La première erreur du gouvernement est de s’être appuyée pour réformer sur une vision dogmatique de l’Université et de la recherche. Ce dogme repose d’abord sur l’idée que la France est désormais entrée dans la "société de la connaissance et de l’innovation". Il faut comprendre que la recherche (et accessoirement l’enseignement qui y occupe étrangement une place secondaire…) doit être intégralement mise au service de l’économie puisque seules les économies performantes, innovantes et compétitives seront gagnantes dans le gigantesque affrontement mondial.

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8 commentaires

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Fabien Cluzel

03/03/09 10:57
Je reste toujours sceptique sur votre appréciation de ce qui est majoritaire ou non...
Peu importe. Ce genre d'échange stérile est hélas fréquent dans notre milieu, vous le savez. Nous atteignons un paroxysme ces temps-ci, où la susceptibilité, attisée inutilement et maladroitement (euphémisme) par M. Sarkozy, déchaîne des passions qui l'emportent sur la raison et la capacité de mise à distance.
Ne perdons pas notre temps vous et moi et, "brisons là" comme vous dites.

PS : être à l'UMP (je n'y suis pas, mais qu'importe) semble être un véritable délit d'opinion ces temps-ci. N'oublions pas les exigences du pari de la démocratie.
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Laurent Bouvet

02/03/09 18:44
@ Fabien Cluzel en guise de réponse à ses "commentaires".

En un mot, vos "commentaires" oscillent entre l'insultant

Si vous êtes universitaire vous-même et que vous n'avez pas remarqué ces dernières semaines auprès de vos collègues, dans les manifestations, dans les communiqués des différents acteurs (ministère, syndicats, collectifs...) ou dans les revendications de toutes les organisations représentatives du milieu que la contestation des mesures actuelles envisagées par le gouvernement était en effet très largement majoritaire, c'est sans doute que vous ne devez pas souvent ôter vos lunettes de militant (UMP peut-être ?).

Quant à votre invitation à la rigueur et à la relecture... Comment vous le dire poliment : vous devriez peut-être tout simplement d'abord savoir lire un texte avant de prétendre donner des leçons - ce que vous vous plaisez visiblement à faire tant vous soulignez à l'envi votre statut d'enseignant.

Il n'est évidemment pas question dans mon propos de faire faire des cours de sciences à des littéraires... Ne serait-ce qu'oser me prêter une telle idiotie est insultant, mais j'ai compris que c'était le sens général de votre commentaire. Il s'agissait simplement (dois-je me fatiguer à vous le dire...) de souligner qu'avec l'obligation inscrite dans la loi de ne pas dégrader le potentiel global d'enseignement dans une université, des scientifiques qui seraient "modulés" favorablement pour faire leurs recherches, laisseraient "à effectuer" un contingent d'heures qui pèseraient automatiquement sur les autres disciplines, à la fois parce qu'elles sont en sous-encadrement (ce qui n'est pas le cas en sciences...) et parce qu'elles sont de moindre rapport du point de vue de la recherche. Tout universitaire un tant soit peu renseigné est au fait de ces détails. Renseignez-vous donc deux minutes avant de "commenter" ce que visiblement vous ignorez, vous ferez gagner du temps à tout le monde.

Le peu du reste que vous avez lu, vous ne l'avez pas compris non plus. Donc brisons-là.

A mon tour simplement de plaindre vos étudiants, ça ne doit pas être facile pour eux tous les jours si vous témoignez d'une aussi faible capacité de compréhension des enjeux et d'analyse d'une situation.
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Fabien Cluzel

02/03/09 15:15
ça aussi c'est pas mal : "dans une université généraliste, permettre à des scientifiques de faire plus de recherche en allégeant leur service d’enseignement devenait possible sans ajouter un euro au budget de l’université mais en obligeant leurs collègues de lettres et sciences humaines ou de la faculté de droit (qui rapportent moins…), à faire davantage d’heures d’enseignement".
Pensez-vous sérieusement que des profs de littératures vont aller enseigner la physique des matières condensées à des étudiants de première année ? C'est en tout cas ce que sous-entend le propos.
Sans doute vous-êtes vous mal relu. C'est ce que je repproche souvent à mes étudiants.
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Fabien Cluzel

02/03/09 15:06
Je suis curieux de savoir comment vous pouvez affirmer que le projet de décret est contesté "par une très large majorité des universitaires et avec lui l’ensemble de la loi" ?.
On ne peut ni affirmer cela, ni son contraire. Qui peut connaître la position des 60 000 enseignants-chercheurs titulaires ? Ou alors, quelles sont vos sources ? Je vous trouve un peu léger sur ce coup, il faut être rigoureux en terme de méthode quand on traite du milieu universitaire...

Même outrance quand vous écrivez " la recherche doit être intégralement mise au service de l’économie" : c'est le terme intégralement qui pose problème. Nous savons très bien que les milliers d'EC titulaires en socio, psycho, philo, lettres, et j'en passe, exercent dans des domaines auxquels l'économie est totalement indifférente (ce n'est pas plus mal)... Et nous savons que leur statut les met à l'abri (et c'est tant mieux) d'un remerciement pour des raisons économiques.
Je n'ai pas poursuivi plus loin votre papier, il manque de rigueur et de distance, j'espère que vous n'êtes pas vous même enseignant, car les étudiants ont certainement davantage de besoin de méthodes pour se faire eux-mêmes leurs opinions que de prêt-à-penser
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Anonyme

24/02/09 23:16
Les performances de la recherche française

A côté de l'interprétation gouvernementale d'une recherche peu performante à cause de l'incompétence des chercheurs, et de la votre, d'un sous-financement, il y a une troisième interprétation déduite d'une longue expérience en recherche médicale. Il existe un sous-financement en matériel relatif des chercheurs titulaires en raison d'une forte consommation de bourses des thésards et autres esclaves des mandarins. Comme le système de l'HDR et des bourses de thèse permet aux mandarins d'avoir une main d'oeuvre extensible qui consomme des crédits de recherche, les autres ont très peu de crédits ou doivent accepter l'autorité mandarinale. Malheureusement, on n'entend peu de voix pour dire que ces pratiques d'exploitation doivent cesser et qu'un chercheur embauché doit avoir des moyens pour travailler.

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