On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

L’évaluation du travail est un sujet d’actualité. Les dispositifs d’évaluation de celui-ci se répandent en effet un peu partout, suscitant de nombreuses questions. Ce petit livre tombe ainsi à point nommé. Il est issu d’un séminaire d’une semaine organisé par François Hubault pour le département Ergonomie et Écologie humaine de l’Université de Paris-I, qui réunit tous les ans des universitaires et des praticiens de compétences multiples autour d’un thème différent “suffisamment polémique pour nourrir la controverse” et dont les actes sont ensuite publiés chez Octarès . Les contributions qu’il rassemble suggèrent autant de perspectives différentes qui permettent un large balayage du sujet.
Pour les uns, l’évaluation contredit fondamentalement la part de vie inhérente au travail en confortant l’identification de celui-ci à la production. L’évaluation individuelle en particulier participe de cette opération en construisant la fiction d’un sujet comme identité permanente, quand bien même celle-ci rendrait mal compte d’une “insertion dans le travail qui s’élève au-dessus des contraintes d’une organisation essentiellement réglée par les objectifs de production imposés” , et où le corps joue un rôle essentiel.
Pour les autres, l’évaluation est bien un travail qui requiert l’identification/construction des dimensions pertinentes, tant internes qu’externes, propres au métier (comme celui d’ergonome-conseil par exemple). L’analyse de l’activité d’une part, la délibération d’autre part, sont toutes deux nécessaires à l’évaluation. À défaut d’autre chose, l’évaluation peut se baser sur des perceptions (comme dans le cas de l’évaluation de la culture de la sûreté dans les installations nucléaires), mais nécessite alors leur mise en débat. L’analyse de l’activité elle-même, sur laquelle l’ergonomie française a beaucoup insisté, n’en dispense pas. Lorsqu’elle porte sur des espaces de travail, l’évaluation doit veiller à prendre en compte l’usage dynamique qu’en font les individus ou les collectifs dans le cadre de l’activité de travail.
L’évaluation du travail des "agents communautaires de santé" du programme Santé de la famille, mis en œuvre au Brésil, fait l’objet d’une contribution particulièrement intéressante de la part de trois auteurs brésiliens. Ces agents jouent un rôle de médiation essentiel entre les membres de la communauté et le service public de santé, qui pose de nombreuses questions en termes d’évaluation. “Une des principales caractéristiques [de leur travail] est la confusion entre le privé et le public, le temps de travail et le temps de non-travail, et le fait que les résultats des activités des agents peuvent difficilement être mesurés par des indicateurs courants. Un travail sans fin.” , notent les auteurs. Ceux-ci cherchent à en prendre la mesure en mobilisant tour à tour l’ergonomie de l’activité et la psychodynamique du travail “en vue de permettre une réappropriation par les travailleurs du sens de leur travail, une action ouverte sur l’espace public […] qui puisse mettre à jour ce qui est implicite et aider à amorcer des processus de transformation.” .
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