Rédacteur

critique à Nonfiction

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
De l'anatomie compliquée, des âmes compliquées
[lundi 16 février 2009 - 15:00]
Littérature
Couverture ouvrage
Melancholia. Le malaise de l'individu
Pigeaud Jackie
Éditeur : Payot
272 pages / 17,10 € sur
Résumé : Outre des notions de base, cette étude offre une approche approfondie de la mélancolie qui satisfera les attentes d'un large public.
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En deux tableaux, trois images, le mélancolique – ce sujet si plein de lui-même – est couché sur la table. Jackie Pigeaud, solidement reconnu pour son expertise de la médecine ancienne et de la langue d’Athènes, procède en douceur : le médecin présente son sujet d’analyse par le biais d’images concrètes, très concrètes. Rien de tel pour pousser le lecteur dans l’abîme d’une thématique mystérieuse et fascinante. Le "piège" est particulièrement efficace lorsque celui qui lit a, trois ans plus tôt, regardé. Regardé et dévisagé, au cours de l’exposition "Mélancolie, génie et folie en Occident" , le jeune hoplite  Démocleidès qui, à la proue d’un bateau, semble contempler le tragique, sa mort prochaine, la tête abandonnée au creux d’une main qui accueille ce qui est trop lourd .

Voici l’une des positions clés qui permettent de reconnaître le mélancolique, cet étrange animal. La posture peut sembler assez banale : qui n’a pas, dans les méandres du découragement ou d’une tristesse passagère, confié le siège des idées sombres à ce reposoir très personnel – et très pratique – que constitue le bras terminé par une main ? Jackie Pigeaud cite le scientifique Archytas (oui, le scientifique, notons de suite que le choix n’est pas anodin) pour rappeler que : "De la même façon qu’il est difficile de trouver un poisson sans épine [arête], ainsi l’est-il de rencontrer un homme qui n’ait pas en lui quelque chose de douloureux comme une épine." 

Serions-nous donc tous des mélancoliques ? La réponse se devine aisément : la tendance mélancolique peut certes affecter tout un chacun, mais il faut ici rectifier son vocabulaire et parler de tristesse, de morosité provisoire, de déprime. N’est mélancolie au sens plein que cet état de douleur face à soi et au monde, qui affecte aussi bien l’intérieur que l’extérieur de l’individu, le physique tout autant que le mental, et qui se pose en toile de fond des moindres éléments de la vie. La mélancolie vraie n’est le châtiment/privilège que de quelques-uns, victimes et élus à fois. La dualité de la mélancolie, poison mais aussi élixir, est essentielle. Car si l’épine-arête dont parle Archytas est source de meurtrissure, elle offre également un pilier, un soutien, une structure. Il s’agit là de la leçon la plus évidente que cherche à appuyer Jackie Pigeaud. Et si l’arête du mélancolique mouille dans les marais les plus noirs, elle est aussi l’échelle qui permet de monter haut, très haut. Melancholia, Le malaise de l’individu reconnaît ainsi volontiers au mélancolique une prédisposition au génie, tout particulièrement lorsque le sujet se prête au jeu de la création. Monter très haut, c’est aussi être apte à ressentir avec plus d’intensité et de plénitude chaque émotion. On suspecte volontiers celui qui expérimente la peine la plus constante et la plus profonde d’être le mieux préparé pour goûter le sentiment de joie avec une force inégalée…

Titre du livre : Melancholia. Le malaise de l'individu
Auteur : Pigeaud Jackie
Éditeur : Payot
Date de publication : 03/09/08
N° ISBN : 2228901768
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