Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

Au fond d'un récif artificiel
C'est une évidence : Céleste Olalquiaga n’a rien à voir avec l'événement artistique presque simultané à la sortie de cet ouvrage, l'exposition de Jeff Koons qui a eu lieu du 10 septembre 2008 au 4 janvier 2009 au château de Versailles. Pourtant, du fait du titre de "roi du kitsch" souvent attribué à Jeff Koons, il serait tentant de faire un premier rapprochement entre les deux ; d'autant que l'auteur, dans une introduction aux allures de poésie marine, évoque avec récurrence l'image d'un "bernard l'ermite"... écho à l'emblématique homard gonflable de l'artiste ?
Avec Céleste Olalquiaga, le kitsch est saisi hors de sa considération générale (objet ayant subi un déplacement de sens appauvrissant) pour passer sous le crible d'un regard à la fois sociologique, historique, et artistique (avec parfois même un soupçon de psychanalyse freudienne). Céleste Olalquiaga est en effet historienne culturelle, fascinée dans l'ensemble de ses oeuvres par la modernité et ses traces. Elle écrit et publie en 1998 : The Artificial Kingdom : A Treasury of the Kitsch Sensibility, édité ici par les éditions Fage sous le titre Royaume de l'artifice. L'Émergence du kitsch au XIXe siècle. Le ton semble donné : il sera question d'une histoire du kitsch. Or, la lecture du livre offre bien plus. En effet, à l'issue de cette série de considérations émerge une synthèse, ou un mode de pensée unique et singulier, qui trouvera même à redire à l'incontournable Clément Greenberg et à l'introduction de son œuvre Art et Culture .
Avant-garde et kitsch
Si pour Clément Greenberg le kitsch est, en somme, un "ramassis de faux-semblants" tirant de la richesse de la culture une série de démarches empiriques et de stratagèmes essentiels, il est porteur d'une facette nouvelle pour Céleste Olalquiaga : le kitsch reconvoque ce qui reste enfoui dans une sphère du souvenir, d'un fantasme nostalgique, d'un spleen baudelairien. Si les néo-dadas comme Robert Rauschenberg transformèrent le dadaïsme en positivité, alors Céleste Olalquiaga est à l'origine d'un retournement positif du kitsch conçu ici comme générateur d'une création nouvelle, porteuse d'un sens loin de la pauvreté pop décriée par tous ses détracteurs .
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