Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

Jamais la Terre n’a été une si petite planète : 200 millions de migrants se jouent en permanence de ses frontières, de ses États et de leurs territoires.
Depuis l’essor des appareils statistiques modernes, le chiffre et sa culture sont à la base de tout gouvernement des hommes qui se respecte. Et l’administration n’est jamais tant elle-même que quand elle jongle avec des abstractions budgétaires et des numéros de dossiers, d’étrangers, de guichets. Il est cependant des moyens de rendre à la société une part d’humanité en transformant par exemple ces chiffres désincarnés en flux matérialisés dans l’espace de la carte, comme incrustés dans des territoires vivants où se dessinent des trajectoires humaines distinctes, des rêves d’eldorado inassouvis et des saisons de sueur voire de larmes pour les travailleurs immigrés.
Quatre ans après sa première parution, l’Atlas mondial des migrations de Catherine Wihtol de Wenden ressort dans une nouvelle édition entièrement mise à jour. Le sujet est à la mode : une floraison de publications a apporté des données nouvelles et plus précises. Du côté des États, d’une part, l’élan sécuritaire issu du 11 septembre continue d’être largement exploité pour justifier des contrôles de plus en plus stricts de l’accès au territoire. Au niveau des organisations internationales, d’autre part, une attention croissante est portée à des phénomènes migratoires ingérables à l’échelle nationale, en croissance régulière, et dont l’évolution permanente est un défi posé à toute tentative de gouvernance. On peut d’ailleurs parier que les effets de la crise économique mondiale sur ces migrations, que ce soit sur le nombre de Mexicains traversant le Rio Grande pour se rendre aux États-Unis, les wet backs, de paysans chinois délaissant leurs champs pour rejoindre les usines des villes, ou de jeunes Polonais accourus en Angleterre pour profiter de la fin des années Blair, justifieront une nouvelle édition de cet atlas d’ici deux ou trois ans.
En attendant, le cru 2009 de ce petit ouvrage de Catherine Wihtol de Wenden est un outil tout à fait précieux par l’excellente vision d’ensemble qu’il propose d’un phénomène que sa variété rend difficile à cerner. Passées des cartes générales, précises et éclairantes, mais attendues, comme sur les principaux flux de migrants, les réfugiés, les diasporas ou la fuite des cerveaux, le grand pôle d’attraction que constitue l’Europe se voit consacrer pas moins du tiers de l’ouvrage. Les cartes sont récentes et précises, et les commentaires pertinents, que ce soit pour faire ressortir les "couples migratoires" de pays (France-Algérie, Allemagne-Turquie), les lieux de passage clandestins, ou les divers espaces et statuts juridiques réservés aux étrangers (des limites de Schengen à la carte des lieux d’enfermement). Ces cartes dessinent un espace tenté par le repli sur soi, une ancienne terre d’émigration qui peine à se concevoir en terre d’immigration, une Union européenne dont les velléités trouvent peu de prise sur les orientations politiques nationales.
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