On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Celui-ci a d’ailleurs énormément voyagé, entre Philippines, Europe, Hong-Kong et entretient une large correspondance dans différentes langues avec les milieux anarchistes intellectuels parisiens. Les deux derniers chapitres du livre traitent ensuite de la difficulté pour Rizal de définir, en lien avec les penseurs anarchistes révolutionnaires espagnols et philippins, une stratégie indépendantiste pour les Philippines. Face à l’exemple cubain réprimé durement par les Espagnols, il prône la stratégie de la révolution douce, par l’assimilation, sans être suivi et ses successeurs dont Mariano Ponce, le premier d’entre eux, chercheront après son exécution à poursuivre cette réflexion sur la meilleure voie pour la constitution de la nation philippine en essayant de nouer différentes alliances, aux États-Unis comme en Chine.
On ne peut reprocher à Benedict Anderson, qui s’appuie sur des sources très spécialisées, de ne pas maîtriser son sujet, ou de ne pas savoir le traiter avec humour . Néanmoins, le projet initial s’essouffle dans une écriture assez brouillonne, qui donne au récit l’allure d’un cabinet de curiosité bien plus que d’une analyse multiscalaire qui réussirait à dresser une cartographie des réseaux de la mondialisation. La tâche est en même temps très difficile et certains passages du livre montrent une réelle volonté de synthétisation, surtout dans le troisième chapitre, où cartes et tableaux tendent à clarifier les réseaux dans lesquels Rizal a évolué sans que jamais nous n’ayons une carte de ses voyages, première pierre d’une compréhension de son parcours.
Il est bien délicat de résumer un tel livre, dont la lecture est assez facile sans que le lecteur en ressorte avec une vision d’ensemble. Fonctionnant par allusion, l’ouvrage requiert une bonne connaissance préalable de l’histoire de l’Espagne. On se demande parfois pourquoi Benedict Anderson ne l’a pas intitulé "La chute de l’Empire Espagnol". De plus, alors qu’il est clairement posé en introduction que le but du livre est une cartographie de l’anarchisme et de ses influences sur les mouvements nationaux , on s’interroge sur le lien entre cette idéologie et le parcours des personnages étudiés, qui ne se réclament jamais explicitement d’un tel courant et dont l’auteur ne semble pas trouver trace de l’influence dans leurs œuvres.
Les Bannières de la révolte semblent au final bien plus une histoire iconoclaste de la révolte philippine qu’une histoire mondiale de la diffusion des idées. L’écriture de celle-ci semble ardue pour ceux qui s’y attellent : il faudrait peut-être se libérer au préalable de certaines bornes du récit historique – linéarité, causalité - pour inventer une nouvelle manière de comprendre l’histoire![]()
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skander