Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Au temps des premiers chrétiens
[lundi 09 février 2009 - 05:00]
Religion, Spiritualités
Couverture ouvrage
Jésus sans Jésus. La christianisation de l'empire romain
Gérard Mordillat, Jérôme Prieur
Éditeur : Seuil
274 pages / 19 € sur
Résumé : Une enquête sur les premiers siècles du christianisme à la fois savante et plaisante.
Page  1  2  3 

Le dernier ouvrage de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, Jésus sans Jésus, vient achever, dans une logique trinitaire qui sied particulièrement bien à son sujet, la série entamée avec Jésus contre Jésus et Jésus après Jésus. Jésus sans Jésus, enquête sur les premiers siècles du christianisme, est complété par une série d’émissions diffusées sur Arte en décembre 2008, intitulée L’Apocalypse, de même que les deux ouvrages précédents accompagnaient deux séries télévisées, Corpus Christi et l’Origine du christianisme. L’exploitation de ce double média, télévision et livre (le livre est d’ailleurs lui-même édité en collaboration par le Seuil et ARTE Éditions), est en parfaite cohérence avec le ton et le but des auteurs : faire œuvre de vulgarisation, à la fois plaisante et savante.

Plonger des lecteurs, aussi curieux et bien disposés soient-ils, dans le récit complexe et lointain de la naissance de la religion chrétienne n’est pas chose facile, et le risque était indéniable de produire un discours certes exact scientifiquement mais qui demeure obscur pour le non-spécialiste. Gérard Mordillat et Jérôme Prieur parviennent pourtant à mettre le lecteur à l’aise, en proposant un ouvrage relativement bref (257 pages), au rythme rapide : chaque grand chapitre (il y en a huit), est subdivisé en sections de deux ou trois pages, ce qui a pour effet de rendre la lecture dynamique.

À ce rythme plaisant vient s’ajouter un second outil très efficace : les notes d’humour qui ponctuent le texte et qui naissent le plus souvent de comparaisons volontairement anachroniques. Ainsi, pour mieux expliciter le talent de l’empereur Constantin pour éliminer ses adversaires, les auteurs n’hésitent pas à déclarer : "Ce ne sont pas, comme dans le célèbre roman d’Agatha Christie, les dix petits nègres qui vont disparaître un à un, mais sept "empereurs", battus sur le terrain, éliminés par ruse, […] par le plus astucieux d’entre eux, le plus opiniâtre, Constantin."  Au moment où l’on pourrait se sentir perdu au milieu de tous les augustes et les césars (de Dioclétien à Constance Chlore, puis de Sévère à Licinius, en passant par Maxence) qui se disputent la domination des parties orientales et occidentales de l’Empire, cette analogie avec une œuvre connue du grand public (quoi de plus démocratique que le roman policier ?) remet immédiatement le lecteur sur la voie de la compréhension.

Gérard Mordillat et Jérôme Prieur annoncent d’emblée leur intention dans la préface ; il s’agit pour eux – ils le disent en citant l’historien Charles Guignebert – de "démontrer que l’histoire chrétienne est une histoire comme les autres, que les faits qui la constituent sont des faits commes les autres, qui sont connus par des textes accessibles comme d’autres à la recherche critique, poussée en dehors de toutes les confessions, dans l’absolue sérénité de l’indifférence scientifique"  . Et ils tiennent parole en prenant soin de ne pas verser dans la caricature. Il s’agit d’essayer de reconstituer des réalités historiques oubliées au profit de constructions idéologiques a posteriori : rappeler par exemple, que "pas plus qu’ils n’attendaient la mort de Jésus, les disciples n’attendaient [sa] résurrection. Qu’un homme revienne à la vie devait être aussi difficile à concevoir pour des juifs du Ier siècle que pour nous aujourd’hui."  Et les auteurs de montrer les indéniables "traces de cet embarras [qui] abondent dans le Nouveau Testament" .

Titre du livre : Jésus sans Jésus. La christianisation de l'empire romain
Auteur : Gérard Mordillat, Jérôme Prieur
Éditeur : Seuil
Date de publication : 06/11/08
N° ISBN : 2020796562
Page  1  2  3 
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

3 commentaires

Avatar

okkaren

17/04/09 13:16
Bonjour,
Je suis athée et j'ai particulièrement apprécié "JESUS CONTRE JESUS" qui ne ménage ni Jésus ni le christianisme et par voie de conséquence, l'Eglise catholique qui en prend comme on dit "plein les dents". Cependant je viens de trouver un livre aux éditions Edilivre: "Lettre ouverte à JESUS contre JESUS" de l'auteur Victor OJEDA-MARI, qui répond point par point à "JESUS CoNTRE JESUS" et de manière très pertinente au point que je me pose des questions, car chaque fois l'auteur va aux sources mêmes pour appuyer son argumentation. Connaissez-vous ce livre ? Et si oui qu'en pensez-vous.
Avatar

VFA

13/02/09 16:00
La critique de "Jesus sans Jesus" sucite la curiosité, il ne s'agit pas des premiers bouquins en la matière, l'idée étant d'en lire plusieurs en concervant la Bible à côté, et ainsi, se faire sa propre idée ; le monde ne va donc pas "à sa perte", la refflexion etant toujours présente et heureusement ce livre en témoigne apparement.
Avatar

charlatan

10/02/09 11:24
charlatanisme originelle en tous et pour tous .ainsi va le mode A SA PERTE

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici