Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
La France a mal à l'Europe?
[jeudi 05 février 2009 - 12:00]
Europe
Couverture ouvrage
la France dans la nouvelle Europe
Christian Lequesne
Éditeur : Presses de Sciences Po
200 pages / 11,40 € sur
Résumé : Pourquoi la France a du mal à envisager son rôle dans l'Europe des 27 ? Christian Lequesne explique ce phénomène et propose des solutions.
Page  1  2 


D’où l'image de la France répandue dans les nouveaux États membres : celle d'un pays qui a peur du marché, d'un pays pro-russe et anti-américain, d'un pays qui, finalement, se comporte comme un pouvoir hégémonique. Aux yeux des nouveaux entrants, la France préférait la "petite" Europe et peine à s’adapter au nouveau cadre européen.


Entre peurs et opportunités

Christian Lequesne propose des solutions pour améliorer l'image négative de la France dans les nouveaux pays membres de l’UE. Celle-ci doit d'abord tirer un bilan honnête de l’élargissement. D’un côté, il lui faut accepter que l’Europe rêvée par les pères fondateurs et désirée par les élites françaises, une Europe politique, ne correspond pas forcement au "retour à l’Europe"  invoqué par les Européens de l'Est. D'un autre côté, l’Europe élargie n’est pas, non plus, "la victoire cruelle du marché sur les politiques communes", comme l'ont proclamé les députés socialistes Arnaud Montebourg et Christian Paul . Le déferlement des populations venues d'Europe de l'Est comme des nouveaux barbares n’a pas eu lieu. Le plombier tant redouté s’est transformé en argument publicitaire pour le tourisme polonais.

La France doit accepter l'Union à vingt-sept comme une Europe normative et démocratique, et voir l’élargissement comme une opportunité pour donner un nouvel élan à la construction européenne. Pour Christian Lequesne, élargissement et approfondissement ne sont pas opposés. En revanche, un changement de méthode s’impose puisque l’intégration autour d’un noyau dur franco-allemand est caduque. Tout aussi caduque est l'allusion à deux "camps", qui rappelle par trop la guerre froide : la distinction entre une nouvelle Europe et une vieille Europe, faite par Donald Rumsfeld n'est pas opérante. L’Europe doit se penser comme une unité et se concentrer autour des politiques qui font consensus, telle la lutte contre le changement climatique.


À la recherche du paradis perdu

Il était une fois une Europe idéale dans laquelle tout allait bien : les élites françaises et allemandes se mettaient d’accord sur les mesures à prendre et les citoyens leur faisaient confiance. Après la chute de communisme et l’instauration du marché unique, tout a changé : les citoyens français ne soutiennent plus aussi spontanément la construction européenne, et l’élargissement a porté un coup au condominium franco-allemand.  Un happy end est-il possible ?  Le trouvera-t-on dans "l’Europe qui protège", comme le voulait le slogan de la présidence française du Conseil de l’UE du deuxième semestre 2008 ? Christian Lequesne répond par la négative. L'Europe ne doit pas être protectrice, mais porteuse d’opportunités. L’intégration de nouveaux membres qui voient dans l’UE une garantie de la liberté, de la démocratie et du respect de la vie humaine donne le bon exemple d’un récit historique positif.

L’essai de Christian Lequesne vient combler un déficit dans la réflexion sur les relations entre la France et les pays d'Europe centrale et orientale dans l'Union à vingt-sept. Les points de vue des deux cotés sont fidèlement exposés et le diagnostic convainquant. Malgré cela, on peut se demander si le traitement proposé est suffisant. Peut-on construire un espace public européen autour de la seule rhétorique de la liberté et des droits de l’homme? Ce lien est-il suffisant pour maintenir ensemble les peuples européens en l’absence d’une solidarité basée sur une identité commune? Christian Lequesne ne donne pas de réponse à ces questions qui tourmentent depuis bien longtemps les observateurs de la réalité européenne.   

 

* À lire également sur nonfiction.fr

Christian Lequesne, La France face à l'Europe (Presses de Sciences Po), par Marc Germanangue

Ivo Sokatchev, La France face à la nouvelle Europe (10.12.08)

Page  1  2 
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

Aucun commentaire

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici