Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

Un cinéaste du mal ?
Pas question ici de s'attarder sur l'image sulfureuse ou arty d'Abel Ferrara, mais d'examiner en profondeur son rapport au mal, thème dominant de son œuvre . Si la question du mal et la lecture baudelairienne s'imposent à qui prend au sérieux l'œuvre du cinéaste new yorkais, le livre de Nicole Brenez en propose une étude complexe, dans une perspective auteuriste et philosophique.
Prenant en compte la totalité des réalisations de Ferrara jusqu'à Mary (2005), y compris ses vidéo-clips, Brenez annonce en introduction qu'elle démontrera trois idées principales :
- Ferrara s'inscrit dans une filiation qui vient de Rossellini, et passe par Pasolini et Fassbinder. Ce rapprochement ne repose pas tant sur leur rapport au réel que sur leur analyse historique du "mal contemporain" - Ferrara, contrairement aux apparences, n'est pas un cinéaste pessimiste, mais fonde son œuvre sur le tragique et des personnages qui incarnent la révolte ou des capacités visionnaires.
- Le travail du metteur en scène, d'un point de vue esthétique, repose sur "l'invention de formes filmiques de l'inadmissible" , c'est-à-dire qu'il donne corps à ce motif par les aspects tant scénaristiques que formels de ses films.
Brenez elle-même propose plus loin l'image du "metteur en scène en assassin" , suggérant ainsi que Ferrara a une vision très réflexive de sa représentation du mal, que son discours est fondamentalement critique et que sa représentation du mal sous toutes ses formes (violence, sexualité, drogue...) ne relève pas de la complaisance, de l'arbitraire, de la provocation , mais bien de la "colère" .
Une méthode d'analyse
Certes, l'ouvrage n'est pas d'une lecture facile : fruit d'une longue et minutieuse exploration de l'œuvre du cinéaste, c'est une étude très analytique qui s'adresse d'abord à ceux qui connaissent de près les films de Ferrara. La précision des descriptions et de l'iconographie permettent néanmoins de ne jamais être noyé dans des commentaires pour initiés. En outre, le texte possède des titres denses ou opaques, s'appuie sur une composition complexe (la démonstration annoncée n'y est pas immédiatement lisible) et se construit à partir de ses concepts propres. Ces outils sont ceux que Brenez a présenté comme une méthode d'analyse figurative des films dans De la figure en général et du corps en particulier , qui commençait notamment à aborder l'œuvre de Ferrara à travers la notion de personnage et le jeu de l'acteur .
Pour résumer un peu grossièrement cette démarche, disons que Brenez élargit la notion de figure au-delà de la rhétorique et propose d'analyser les films dans leur logique figurative : il s'agit de voir quels principes généraux abstraits (par exemple, la disparition, l'adversité, ici chez Ferrara l'inadmissible) organisent entre eux tous les éléments du film (aussi bien des détails du scénario, que des aspects de mise en scène, en passant par la matérialité de l'image).
2 commentaires
syrianenoire
rat des villes