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L'existence même de la réunion du 28 juillet sur les Roms était indigne d'un gouvernement qui se réclame de la République, les annonces faites par Brice Hortefeux sont dans la continuité. 
Pouria Amirshahi, secrétaire national du PS aux droits de l'homme

D’Érasme à Diderot ou Mme de Sévigné, les intellectuels européens ont très tôt emprunté les voies de la correspondance. La lettre se joue des frontières et des barrières de la langue pour constituer un espace commun avant l’heure, où l’esprit l’emporte sur les différences nationales. C’est ce mode de communication privilégié que Marie-Claire Hoock-Demarle a étudié à l’échelle européenne, afin de voir par quels moyens il structure insensiblement, tout au long du XIXe siècle, une véritable communauté européenne qui préfigure déjà la construction politique du siècle suivant. L’intensité des échanges épistolaires aurait ainsi préparé le terrain en forgeant, par-delà les limites administratives, des amitiés transeuropéennes.
Un continent sillonné par les correspondances
À la fois reflet de la sphère privée et intime et genre public des plus codifiés, le genre épistolaire se décline en de multiples modalités entre 1789 et 1914. Si la vogue du Kavalierstour (sorte de tour d’Europe effectué par l’aristocratie allemande) donne lieu à des échanges épistolaires où le continent est conçu comme un vaste terrain d’expérience et d’initiation pour des jeunes hommes encore ignorants, la lettre devient bientôt un témoignage de premier choix sur les événements politiques qui agitent l’Europe à l’époque – et la France, en premier lieu : les "Lettres de Paris" deviennent un exercice obligé pour les étrangers venus dans la capitale française observer les secousses de la Révolution. Et lorsque l’ébullition politique se voit relayée par l’effervescence intellectuelle, focalisée à ce moment-là autour de Mme de Staël, le rythme des correspondances est loin de se tarir. Cette dernière, contrainte de quitter la France, trouve refuge en Suisse, à Coppet. La petite cité devient alors la plaque tournante d’un véritable réseau de correspondances où se dessine l’"éventail représentatif d’une première forme d’intelligentsia européenne du XIXe siècle". La lettre se fait ainsi le témoin de son époque, non seulement parce qu’elle en rapporte les événements mais aussi parce que son itinéraire détermine un nouvel espace européen, recomposé par les réseaux d’échanges épistolaires.
Du témoin à l’acteur, le pas est vite franchi : l’épistolier réalise bientôt qu’il dispose d’un outil privilégié pour agir dans son siècle. Un échange épistolaire entre les frères Schlegel – deux figures majeures de l’intelligentsia allemande dans la première moitié du siècle – devient le lieu d’une critique littéraire qui met en cause la littérature classique allemande. Mais derrière le débat d’idée surgit la quête d’une identité allemande en construction. La lettre est le laboratoire où s’élabore une identité qui se cherche encore, entre l’attachement à une nation et la conscience d’enjeux transfrontaliers.
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