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Critique à nonfiction.fr.

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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1890 : une culture visuelle sous un débat social
[mercredi 28 janvier 2009 - 11:00]
Histoire de l’art
Couverture ouvrage
La République troublée, culture visuelle et débat social (1889-1900)
Richard Thomson
Éditeur : Les presses du réel
476 pages / 26,60 € sur
Résumé : En s’intéressant au lien intrinsèque entre images et débats sociaux au XIXe, cette étude rend à la culture visuelle sa valeur politique et sociale.
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Dans La République troublée, culture visuelle et débat social (1889-1900), Richard Thomson, professeur à l’université d’Édimbourg et auteur d’ouvrages sur Toulouse-Lautrec, Degas, Monet et Van Gogh, revient sur une période délaissée des historiens d’art, celle de la décennie qui sépare les deux Expositions universelles de 1889 et 1900. Entre les deux, les années 1890 restaient considérées soit comme une simple phase de transition dans la carrière d’un maître, soit comme une période artistique sans grand intérêt entre deux grandes décennies novatrices. L’auteur s’engouffre dans cette brèche historiographique pour mener à bien une étude originale, qui réfléchit aux échos dans l’art de certaines grandes questions sociales ou politiques.

Comment les artistes ont été les réceptacles des interrogations de leur temps ? Thomson choisit d’aborder cette vaste problématique par le biais de quatre thèmes : le corps, la foule, la religion et l’idée de revanche qui forment les quatre chapitres de l’ouvrage. "Santé et décadence, République et religion, les foules et leur contrôle, le nationalisme anti-allemand : voilà les questions qui préoccupaient la France des années 1890 (…)", écrit-il dans son introduction. R. Thomson place le visuel au cœur du débat public. D’après l’auteur, tous ces débats sont reliés à la question plus vaste de l’idée qu’on se faisait de la modernité dans les années 1890.

 

Une étude entre histoire et histoire de l’art

Thomson propose au lecteur une étude d’histoire sociale de l’art ou histoire culturelle de l’art, et se fait au moins autant historien qu’historien de l’art. Ses chapitres commencent par de conséquentes remises en contexte qui précèdent ses propos sur les œuvres elles-mêmes. L’ouvrage repose sur un corpus d’œuvres varié, autorisant l’auteur à des rapprochements inattendus et souvent pertinents. Ce dernier a rassemblé tout un ensemble de toiles, mais aussi de gravures, d’estampes, de dessins, d’affiches et de photographies. Par sa variété et son ampleur, son corpus lui permet de toucher tant à l’imaginaire des élites qu’à celui du peuple.

Il choisit de mettre de côté le canon des artistes que nous considérons comme importants pour revenir avec des yeux neufs sur ceux qui, délaissés aujourd’hui, étaient reconnus ou jouissaient hier de la reconnaissance du public ; le but étant de faire ressurgir des artistes oubliés, des images écartées par les historiens d’art. Les artistes ne sont présents que parce que leurs œuvres font écho aux préoccupations de leur temps. Ainsi l’auteur fait une large place aux Carabin, Adler, Detaille, Lhermitte et Dagnan-Bouveret aux côtés des Pissaro, Degas, Renoir, Vallotton et Maurice Denis. Thomson ne propose en aucun cas une somme classique d’histoire de l’art.

Peu lui importent les jugements de valeur sur les artistes : "L’objectif de ce livre est de situer l’imagerie dans le débat social". C’est un véritable leitmotiv pour l’ouvrage et un outil méthodologique. Dès l’introduction, il rapproche des œuvres aussi éloignées que la sculpture de Dalou, Le triomphe de la République (1899) et la toile de Toulouse-Lautrec, Le Salon de la rue des Moulins (1893), car les deux artistes entrent en résonance avec les débats des années 1890 sur le corps. La figure de l’abondance, de la fécondité féminine, est placée en regard de la représentation des prostituées d’une maison close au sein d’un système de contrôle organisé par l’État.

Titre du livre : La République troublée, culture visuelle et débat social (1889-1900)
Auteur : Richard Thomson
Éditeur : Les presses du réel
Collection : Oeuvres en société
Date de publication : 01/09/08
N° ISBN : 2840662493
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