Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

Jean-Luc Marion se propose d’interpréter le projet des Confessions, tout en convoquant, à l’appui de sa lecture, l’ensemble du corpus augustinien. Très logiquement, il ouvre son étude en rappelant la position de l’auteur et de son œuvre. Augustin n’était ni philosophe ni théologien, et même "il ignore superbement la distinction entre philosophie et théologie" . Marion le souligne fortement, et avec raison, pour condamner les lectures réductrices qui en ont été faites : "Les reprises philosophiques de thèses ou de thèmes augustiniens procèdent toujours par sélection de textes, souvent les mêmes, toujours purgés autant que possible de leur environnement biblique et de leurs implications théologiques, évidemment à l’encontre des déclarations explicites de saint Augustin lui-même."
Hélas, on le verra, Marion n’échappe pas à ce reproche de récupération qui inaugure son propos. En fait, et il néglige étonnamment ce point historique simple, Augustin était rhéteur de son état ; converti, il pratiqua deux disciplines qui s’apparentent à son talent premier – l’exégèse et l’apologétique –, et toutes ses œuvres ressortissent de l’un ou de l’autre genre, étant entendu que l’exégèse fonde l’apologétique. Les Confessions sont une œuvre apologétique appuyée sur une exégèse (laquelle devient dominante dans certains chapitres, comme ceux consacrés à la Création).
Faute d’avoir explicité ce point, et puisqu’Augustin ne se situe ni en philosophie ni en théologie – en tout cas en dehors de la métaphysique –, Marion en vient à imaginer l’hypothèse d’un Augustin qui aurait anticipé la phénoménologie, d’un Augustin proto-phénoménologue, en quelque sorte.
Avant d’explorer cette voie, exploration qui constitue l’essentiel du livre, Marion s’arrête sur la nature de ces Confessions, dans des pages où l’érudition et la finesse d’analyse se conjuguent heureusement. Il distingue les deux niveaux de la confession – "pour saint Augustin, la confessio se dédouble en confession des péchés et confession de louange" – deux niveaux qui s’unifient dans la confession de foi et qui définissent "l’état permanent du chrétien" . Il ajoute à cela que la confession d’Augustin s’appuie sur des citations bibliques, c’est-à-dire sur une parole qui le précède et qu’il reçoit. La citation est alors une réponse à un appel : la parole proférée est d’abord reçue de Dieu pour pouvoir lui être adressée en réponse. Ainsi les Confessions sont une confession au sens plein du terme.
En les proposant au public, Augustin l’invite à entrer dans sa propre démarche : "Tout lecteur qui se refuserait à louer s’interdirait du même coup d’entendre et même de lire les Confessiones" . Augustin engage son lecteur dans sa confession. "Il ne s’agit donc pas pour l’auteur de se faire lui-même approuver, mais de susciter un affectus pour Dieu et pour son prochain." Marion décrit très bien ce procédé par lequel, en le lisant, on se retrouve associé à l’acte de foi d’Augustin. En réalité, mais cela il ne le dit pas, c’est là le génie du grand rhéteur !
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Joseph O'Leary