On parle souvent des victimes directes des printemps arabes mais rarement des 2000 morts migrants, tués par non-assistance à personne en danger qui, abandonnés par l’Europe, se sont échoués dans des conditions épouvantables. L’Union européenne a fait des printemps arabes une tragédie qui a été celle des migrants tragiquement noyés, dont les oppresseurs ne sont ni Moubarak, ni Ben Ali mais les responsables européens. 
Bertrand Badie, sur nonfiction.fr, le 31 janvier 2012.
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Antoine Berman (1942-1991) a été directeur de programme au Collège international de philosophie et directeur du Centre Jacques-Amyot. Il est l’auteur d’ouvrages qui ont, dans le sillage d’Henri Meschonnic, rénové la pensée de la traduction littéraire et posé les bases d’une critique des traductions (Pour une critique des traduction. John Donne, Gallimard, Bibliothèque des idées, 1995). Il a aussi été lui-même traducteur de l’espagnol (Robert Arlt) et de l’allemand (Schleiermacher). Le texte que proposent aujourd’hui les Presses universitaires de Vincennes constitue une première édition élaborée du séminaire prononcé par Berman au Collège international de philosophie en 1985. Il faut remercier et saluer les éditrices du texte, Isabelle Berman et Valentina Sommella, pour le patient travail qu’elles ont réalisé, qu’Isabelle Berman explique dans une note liminaire, et qui devrait servir de base aux futures éditions des autres séminaires de Berman .
Le séminaire consiste en un commentaire patient, passionné et fouillé du célèbre texte de Walter Benjamin "La tâche du traducteur" ("Die Aufgabe des Übersetzers"). Ce texte était à l’origine l’avant-propos de Benjamin à sa traduction allemande des Tableaux parisiens de Baudelaire (1923). La question de la traduction est d’ailleurs inhérente au projet du séminaire, puisqu’il s’agit de commenter en français un texte allemand, que par souci de compréhension l’on va lire doublement, en allemand et dans sa traduction française (par Maurice de Gandillac). Le travail de Berman est donc double : plonger dans le détail de la matière allemande, sa richesse et sa mémoire, ainsi que commenter et critiquer la version française. Bien que l’auteur avoue sa perplexité devant certaines obscurités du texte, le commentaire est toujours d’une clarté remarquable. Berman ne se laisse pas aspirer dans la spirale de la langue poétique benjaminienne, si fascinante parfois ; il fait preuve d’une volonté obstinée d’explication, affronte l’ambiguïté des images ainsi que les contradictions apparentes du texte.
Il serait impossible de rendre compte de toutes les directions dans lesquelles part le commentaire, et de toutes les conclusions qu’il tire. C’est pourquoi nous nous concentrerons sur deux points : la particularité du texte de Benjamin et le concept de pure langue, qui est le centre de gravité de sa réflexion.
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